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Comment Parler Non Pas Une Seule Droite, Mais À Trois Droites ?

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Je ne reprends pas ici la terminologie de René Rémond dans son fameux livre Les Droites en France, publié, pour la première édition en 1954. L’ouvrage, qui a été actualisé en 2005 par Les Droites aujourd’hui, reste toujours d’actualité. Pour René Rémond, il n’existe pas une seule droite, mais trois : la droite légitimiste ou contre-révolutionnaire (celle qui condamne la Révolution française), la droite orléaniste ou libérale et la droite césarienne ou bonapartiste.

Les trois droites auxquelles je pense sont la droite « schumpetérienne » qui s’est tournée vers Macron, la droite « keynésienne » qui n’a plus de figure dans laquelle s’incarner et la droite catholique ultra-conservatrice, dont François-Xavier Bellamy a été le représentant et qu’Edouard Philippe a dénoncé en lui donnant le nom de « droite Trocadéro ». Le choix de Bellamy comme tête de liste aux européennes n’a pas été un bon choix, dès l’instant que son profil installait la droite républicaine sur une ligne conservatrice inspirée par le mouvement « Sens commun ». Il est urgent, pour les dirigeants de la droite républicaine, de savoir parler aux trois droites dans un esprit de rassemblement.

> La droite « schumpetérienne » : se réclamant de Joseph Schumpeter, cette droite estime que le fondement et le ressort de la dynamique de l’économie sont l’innovation et le progrès technique, ce qui entraîne une mue permanente de pans entiers de l’activité économique. Il faut s’adapter à c changement structurel. L’entrepreneur est au coeur de cette transformation. Cette droite, qui est libérale, accepte l’idée d’une adaptation à la mondialisation. Elle s’est tournée vers Macron.

> La droite keynésienne : pour les keynésiens, la loi du marché rend l’économie erratique et instable, la « main invisible » du marché ne permettant pas un optimum économique, ce qui demande l’intervention de l’Etat à travers les politiques de relance. Cette droite s’inscrit dans une tradition étatique. Incarné autrefois par le courant gaulliste, cette tradition étatique se retrouve aujourd’hui chez le RN.

> La droite catholique et conservatrice : elle est réapparue sur la scène politique au moment de la campagne de Fillon, une campagne fortement influencée par « Sens commun » et « La Manif pour tous », des mouvements d’une droite catholique et conservatrice. Le choix de Bellamy est le signe d’une volonté de la direction de LR de se rapprocher d’un électorat plus conservateur.

En courant dans le couloir de plus en plus étroit du conservatisme, LR s’est coupé de l’électorat populaire. L’autre erreur a été de croire que la défaite de François Fillon en 2017 s’explique uniquement par les « affaires ». Le programme de Fillon était à la fois ultra libéral au plan économique et ultra conservateur au plan sociétal.

On peut considérer que les dirigeants de la droite républicaine, avant de parler à tous les Français, doit être capable de parler aux trois droites. Mais comment être à la fois schumpetérien et keynésien, libéral et conservateur ? Autre difficulté : un programme électoral n’est compris par les Français que s’il s’incarne dans une figure. Or, la droite républicaine n’a, aujourd’hui, ni programme, ni figure pour la représenter.

Christian Gambotti

Direction des études

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