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DE GAULLE ET MACRON SONT-ILS DIFFERENTS DES AUTRES PRESIDENTS DE LA Vème REPUBLIQUE

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De Charles de Gaulle à Emmanuel Macron, comment lire et interpréter la figure des Présidents de la Vème République ? Charles de Gaulle et Emmanuel Macron se ressemblent-ils ? De Georges Pompidou à François Hollande, les Présidents qui se sont succédé appartiennent-ils à un même monde ? Mon objectif n’est pas de tenir un discours partisan, mais de montrer qu’en 1958 et 2017, il se passe quelque chose de nouveau.

Charles de Gaulle

Charles de Gaulle est une figure de la rupture. Face à la prétention des communistes à incarner la révolution, il avait l’habitude de dire, lui, qui ne voulait ni de la glaciation communiste ni du vieux capitalisme : « En France, il n’y a qu’un révolutionnaire, c’est moi. » La révolution est d’abord politique avec la création de la Vè République, dont les institutions vont donner au pays uns stabilité politique qui n’existait pas sous la IVè République. La révolution est économique avec la transformation du pays en une puissance industrielle. La révolution est sociale avec la mise en œuvre d’une politique sociale hardie. La révolution est idéologique avec le « ni droite, ni gauche, mais la France », la « participation » et le refus de faire du gaullisme une doctrine figée. La révolution est géostratégique avec l’ambition de faire de la France une puissance militaire dotée de l’arme nucléaire. La révolution est diplomatique, lorsqu’il décide, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, que l’alliance ne se fera ni avec l’URSS, ni avec les Etats-Unis, notre allié naturel mais hégémonique, mais avec l’Allemagne, qu’il ne confond pas avec les Nazis. Charles de Gaulle, qui n’est prisonnier ni de sa classe sociale ni de son héritage culturel, porte une « certaine idée de la France » fondée sur la grandeur.

Georges Pompidou

Georges Pompidou n’est pas le continuateur du gaullisme, il est celui qui va inscrire définitivement le gaullisme, au lendemain des soubresauts de Mai 68, dans les plis d’une idéologie de droite plus traditionnelle. Georges Pompidou marque la fin du gaullisme politique. L’élan des Trente Glorieuses va lui permettre de parachever la transformation économique du pays voulue par Charles de Gaulle. Mais, le pompidolisme s’affirme plus clairement comme une idéologie de droite, libérale, teintée de populisme avec le fameux « arrêtez d’emmerder les Français ». Le clivage gauche-droite s’affirme. La gauche, encore dominée par le parti communiste, ne peut accéder au pouvoir.

Valéry Giscard d’Estaing

L’élection de Valéry Giscard d’Estaing vient confirmer la mort définitive du gaullisme politique. Sa victoire se construit sur l’épuisement de la droite traditionnelle et l’idée qu’il existe une troisième voie, plus centrale, entre la droite et la gauche. Il incarne à ses débuts une forme de modernité. Politiquement, la vie politique est scandée par le clivage gauche-droite, que symbolise le débat télévisé entre Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand en 1981. Nous sommes toujours dans une configuration des plus classiques : droite et gauche s’opposent.

François Mitterrand

François Mitterrand « crée » littéralement le PS, qui devient hégémonique à gauche, et son sens politique lui permet de réaliser l’union des gauches, ce qui permettra à la gauche d’accéder au pouvoir. Personnage ambigu, encombré par un parti socialiste qui lui sert de caution idéologique, François Mitterrand entretient l’illusion d’une France gouvernée à gauche. La vie politique se réduit à un affrontement manichéen entre la droite et la gauche. On note, dans ces années 1980, l’émergence d’une nouvelle force politique, le Front national. La percée électorale du FN en 1983-1984 et la création de SOS-Racisme en 1984 exacerbent l’affrontement gauche/droite.

Jacques Chirac

L’élection de Jacques Chirac en 1995 marque le retour de la droite de gouvernement au pouvoir. Entre 1981 et 1986, Jacques Chirac a véritablement incarné l’opposition de la droite à la gauche de François Mitterrand. Les succès électoraux du RPR entraînent la première cohabitation (1986-88). La longue marche 1988-1995 lui permet d’atteindre l’Elysée sur la thématique emploi-sécurité-immigration. Les législatives de 1993 voient la victoire écrasante de la droite : le RPR obtient 242 députés, un record, l’UDF, 207 sièges, ce qui représente 85 % des sièges de l’Assemblée. Le clivage gauche/droite scande toujours la vie politique. Elu Président en 1995, il sera réélu en 2002. La succession des cohabitations montre que la vie politique se réduit à un affrontement droite/gauche.

Nicolas Sarkozy

La candidature de Nicolas Sarkozy se déroule dans un contexte d’engouement politique dont le signe est l’inscription sur les listes électorales de 44,5 millions d’électeurs, ce qui bat tous les records. Nicolas Sarkozy captera une partie de l’électorat du FN en développant les thématiques de l’identité nationale et de la sécurité. Son slogan « travailler plus pour gagner plus » s’oppose à toutes les thématiques de gauche sur la réduction du temps de travail. Son impopularité s’explique par l’échec de sa politique et une personnalité controversée. Nicolas Sarkozy, accusé d’être influencé par une ligne Buisson, se voit reprocher la « droitisation » de sa campagne de 2012. Le clivage gauche/droite s’affirme comme l’élément qui structure la vie politique française.

François Hollande

L’élection de François Hollande se fait sur le rejet de Nicolas Sarkozy. François Hollande, avec son Discours du Bourget, entretient l’illusion qu’il existe une politique de gauche alternative. Mais, très vite, le socialisme de mots se heurte aux murs des réalités. Plus que François Mitterrand, François Hollande est l’exemple même d’un président socialiste encombré par un parti politique et ses frondeurs. L’échec de François Hollande est tel qu’il est mis dans l’incapacité de se représenter en 2017. François Hollande est le dernier représentant d’un monde politique qui a vécu sur l’opposition manichéenne gauche/ droite et qui a entretenu l’illusion que la politique avait encore un pouvoir à travers un Etat qui pouvait tout.

Emmanuel Macron

L’élection d’Emmanuel Macron marque la fin d’un monde politique qui a vécu au rythme des alternances paresseuses à l’Assemblée nationale et des cohabitations stériles au sommet de l’exécutif. Comme Charles de Gaulle, il incarne une rupture qui se traduit par l’effondrement des vieux partis politiques traditionnels, habitués à se succéder au pouvoir, leur victoire s’expliquant par l’échec de l’autre camp. Il porte une vision en rupture avec le vieux monde politique, d’abord comprise par les Français, comme en témoignent la réforme de la SNCF et la loi-travail. Cette vision, depuis l’été 2018, est moins comprise, sa personnalité est contestée, alors qu’elle faisait sa force. Les « Gilets jaunes » symbolisent une colère diffuse. Son avantage : il n’est pas encombré par un parti politique ; son handicap : il ne dispose pas d’un parti qui incarne une ligne politique suffisamment claire. LREM reste une nébuleuse. Selon son directeur de stage à l’ENA, qui l’a vu choisir de partir au Nigéria, Emmanuel Macron possède une force de caractère hors du commun et une intelligence politique qui lui permettront de rebondir.

 

Etablir ces portraits des Présidents de la Vème République me confirme dans mon hypothèse de départ : Charles de Gaulle et Emmanuel Macron incarnent une volonté de rupture avec un monde ancien, les autres s’inscrivent dans le monde convenu du clivage gauche/droite. Longtemps, les électeurs ont accepté de choisir entre une politique de droite et une politique de gauche incarnées par des figures assignables à une idéologie et à ses dogmes. Aujourd’hui, l’électorat est plus volatile, l’abstention est plus forte, la vague populiste s’affirme. Les élections européennes donneront un premier étiage des forces politiques.

 

Christian GAMBOTTI

Bureau des études de France Unie

 

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