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DE L’ETAT-PROVIDENCE A l’ETAT-PROTECTEUR : Le rôle central de l’Etat dans une économie libérale

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Il existe un malentendu sur la question sociale : le social serait l’ennemi de l’économie et l’économie, l’ennemie du social. Ce malentendu a engendré deux rêves absurdes : le rêve communiste d’un Etat sans économie et
le rêve du libéralisme libertaire d’une économie sans Etat, régulée par « la main invisible du marché ». Or, il n’existe aucune économie innocente : la glaciation communiste a engendré la faillite économique et conduit à la privation des libertés ; les excès du libéralisme mondialisé et financiarisé, sur fond de guerres économiques d’une violence inouïe entre les régions du monde, se traduit par l’aggravation des inégalités sociales et des fractures
territoriales.


La critique du libéralisme doit venir du libéralisme lui-même qui est dans l’obligation de penser sans cesse l’articulation entre l’économie et le social en mettant au cœur de sa réflexion le rôle de l’Etat, un Etat qui ne peut pas être un Etat-providence, mais bien un Etat-protecteur.

L’idée de « providence » contient l’idée d’une volonté d’un dieu ou celle de l’intervention d’une force supérieure, extérieure à l’homme. De façon concrète, l’Etat-providence est né en 1883 avec Bismarck qui promulgue une loi sur les accidents de travail avec d’assurer une protection aux salariés allemands tentés par le communisme. La construction d’un Etat-providence va s’accélérer sous l’effet conjugué du progrès économique, qui accroît la capacité fiscale des Etats, de l’existence de régimes parlementaires et des luttes des salariés.

L’Etat-providence est la marque d’un système social paternaliste qui vise simplement à juguler la lutte des classes. Ce n’est que dans l’Après-guerre que l’Etat-providence devient un Etat-protecteur, tel qu’il est défini, le 10 Mai 1944, par la Déclaration de Philadelphie. En France, ce sera le programme du Conseil National de la Résistance.

L’Etat-protecteur est le résultat d’une volonté politique, la puissance publique en partageant avec les salariés la gestion.
Aujourd’hui, l’économie marchande mondialisée et financiarisée oblige la puissance publique à consolider l’Etat-protecteur, à organiser son financement sans affaiblir la compétitivité de l’économie. C’est donc une réflexion nouvelle qui s’offre au libéralisme avec, comme objectif majeur, la régulation de la mondialisation dans tous les domaines.

Le progrès économique ne peut pas se construire sur le déclin du social et la disparition des solidarités collectives. L’offre politique d’une gauche radicale, appuyée par des syndicats politisés, et l’offre politique de l’extrême droite ne peuvent pas, l’Histoire l’a montré, résoudre la question sociale, le libéralisme échevelé, libertaire, sans règles, non plus. Dans une économie libérale, l’Etat doit conserver un rôle central, à la fois stratège et protecteur. Le fonctionnaire n’est pas l’ennemi de l’entrepreneur, l’actionnaire ne peut pas être l’ennemi du salarié. C’est donc toute une école de pensée qui doit naître sur le rôle de l’Etat dans une économie libérale.
L’économie des libertés n’est pas l’ennemie des solidarités. Défendre le social, ce n’est pas dénoncer le libéralisme.

Les acteurs publics et privés doivent éviter les pièges que leur tendent les contours idéologisés ou fuyants du libéralisme et du social.

Christian Gambotti
Direction des études

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