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Décryptage de l’intervention d’Emmanuel Macron en réponse au mouvement des « Gilets jaunes »

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Le Président de la République, Emmanuel Macron, s’est exprimé le mardi 27 novembre dans un discours qui était attendu comme une réponse au mouvement des « Gilets jaunes ».

Ce discours a permis de mesurer le décalage qui existe entre la classe politique et ces Français dont la colère s’incarne à travers le symbole du « Gilet jaune ».

Le discours d’Emmanuel Macron était parfait, un véritable discours de Chef d’Etat, d’homme d’Etat même, mais qui ne prend tout son sens que dans une France prospère, la France des « Trente Glorieuses », par exemple. Or, l’urgence n’est pas écologique, elle est sociale.

Le social brûle et Emmanuel Macron regarde ailleurs. Il ne s’agit pas de traiter en même temps « la fin du monde et la fin du mois », mais bien « la fin du mois ». Pour reprendre une formule de Coluche, la fin du mois, pour de nombreux Français, ce sont les 30 derniers jours. Ce discours avait comme architecture la question de la transition écologique. Jusqu’à présent, aucun gouvernement n’avait conduit une réflexion aussi approfondie avec un calendrier aussi précis et des annonces claires, en particulier sur le « mixte énergétique », le maintien de la filière nucléaire et la fermeture programmée de certains réacteurs. S’ajoutait la promesse d’une large concertation, pendant 3 mois, au plus près du terrain, entre l’Etat et les Français. Cette réinscription du débat dans le local est une bonne chose. Elle correspond à la diversité des situations qui demande une diversité dans les réponses, et elle redonne aux élus locaux (maires, présidents de régions, présidents d’agglomération, etc.) et à la société civile organisée (associations, ONG, mouvements citoyens, etc.), une légitimité pour apporter des réponses locales. Avec France Unie, nous avons toujours dit que tout devait partir du local. Les oppositions ont dénoncé un discours coupé de l’urgence sociale, celle des fins de mois, en particulier ces mois de novembre et décembre où se préparent les fêtes, les sorties et les cadeaux pour les enfants.

L’Etat répond par grandes masses d’argent, 500 millions par-ci, 500 millions par-là, afin de remplacer un véhicule polluant ou une chaudière au fuel avec des crédits à la clé. Comment rembourser un crédit, quand on ne peut déjà pas remplir son réfrigérateur ?

La transition écologique, le « rouler propre » et le « manger bio » sont encore des concepts « bobo ». Personne n’est contre l’écologie.

Mais, la « fin du monde » et « la fin du mois » ne se traitent pas en même temps.

La première partie du discours d’Emmanuel Macron, une leçon d’écologie, ne pouvait pas être comprise par les « Gilets jaunes ». En même temps, chacun sait qu’un « coup de pouce » au smic ou une baisse de 6 centimes des taxes sur les carburants ne résout rien. Les Français attendent des mesures concrètes, fortes, en ce qui concerne le pouvoir d’achat.

Ces mesures passent par une baisse massive des impôts, ce qui suppose une baisse drastique de la dépense publique, afin de maintenir une politique sociale des plus hardies. Ce qui fait société et destinée collective, ce n’est pas uniquement un taux de croissance, ce sont aussi les protections sociales et les solidarités collectives.

Le collectif est aussi une notion libérale, en même temps qu’elle est républicaine.

 

Marc FRAYSSE

Ancien Député

Président de France Unie

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