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DEUX NOUVELLES VENUES D’AFRIQUE : UNE BONNE ET UNE MAUVAISE

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LA BONNE : VERS UN MARCHE COMMUN AFRICAIN

LA MAUVAISE : LE PIEGE DE LA DETTE « CHINOISE »

Continent paradoxal, l’Afrique est en passe de devenir l’un des moteurs de la croissance mondiale, mais, en même temps, les difficultés demeurent, ce qui fait que l’Afrique oscille entre puissance et vulnérabilités. Les nouvelles venues d’Afrique se succèdent, parfois bonnes, voire très bonnes, comme un fort taux de croissance, parfois mauvaises, comme la menace que fait peser sur de nombreux pays africains la dette « chinoise ». Au rayon des bonnes nouvelles, la construction d’un marché commun africain ; au rayon des mauvaises nouvelles, le piège de la dette « chinoise ».

● La bonne nouvelle : vers un marché commun africain

Alors que les pays d’Asie réalisent, entre eux, 61 % de leurs échanges commerciaux, les membres de l’Union Européenne, 67 %, les pays africains ne commercent pas suffisamment entre eux. Seuls 15 % des biens échangés sont intra-africains. La faiblesse de ces échanges fait perdre à nombreux pays africains 1 à 3 % de PIB. Sur un continent où la croissance démographique est nettement supérieure à la croissance économique, chaque point de PIB compte. L’Union Africaine (UA), qui milite pour la création d’un marché commun africain, pointe du doigt les causes de cette faiblesse : le manque d’infrastructures, un cadre des affaires peu attractif, la puissance des lobbys nationaux qui refusent l’ouverture des marchés, la frilosité des dirigeants d’Etats-nations encore jeunes, etc. Un espoir cependant : le 7 juillet 2019, à Niamey, au Niger, doit être ratifié un accord de libre-échange acté en mars 2018, à Kigali, sous l’égide de l’UA.

En signant, le mardi 2 avril 2019, l’accord portant sur la création d’une zone de libre-échange continentale (ZELECAf), la Gambie a permis d’atteindre le seuil de 22 ratifications nécessaires sur les 52 Etats signataires de l’Accord de Kigali, ce qui rend effectif la création d’un marché commun africain. L’événement est historique. Beaucoup reste à faire pour y parvenir, mais la suppression de 90 % des droits de douanes permettrait au commerce interafricain, d’atteindre, d’ici 5 ans, les 52 %, selon l’économiste de la CNUCED, Milasoa Cherel-Robson. 10 % des droits de douanes seraient maintenus, afin de protéger des produits sensibles. Pour exporter autre chose que des matières premières brutes agricoles ou extractives, les filières industrielles intra-africaines doivent se développer. L’exemple du cacao est significatif : 75 % du cacao brut vient d’Afrique, dont 65 % de la Côte d’Ivoire et du Ghana, mais la transformation se fait ailleurs (Europe, Etats-Unis). Une filière industrielle africaine permettrait de fournir le marché commun continental, le marché africain consommant beaucoup de produits dérivés du cacao. On parle aussi de l’industrie automobile, encore peu présente en Afrique, qui pourrait, en raison de l’attractivité du continent, s’intégrer dans une chaîne de valeur. La mise en œuvre de ce « marché commun africain » est donc une bonne nouvelle pour le continent.

● La mauvaise nouvelle : le piège de la dette « chinoise »

Du côté des mauvaises nouvelles, il y a la menace que fait peser sur de nombreux pays africains la dette « chinoise ». Selon le FMI, 15 pays d’Afrique subsaharienne sont en situation de surendettement ou en phase de l’être à cause des prêts chinois. L’argent, en apparence « facile », que déverse la Chine sur Afrique suscite désormais l’inquiétude. De nombreux pays (Ouganda, Kenya, Mozambique, Congo-Brazzaville, Cameroun, Djibouti, etc.) sont, aujourd’hui, à cause des prêts chinois, en train de basculer dans le surendettement. La Chine investit-elle en Afrique pour le meilleur en accordant des prêts ou pour le pire à travers la diplomatie « piégeuse » de la dette ?

Le colossal projet des « nouvelles routes de la soie », lancé en 2013 par le président chinois, Xi Jinping, pour déployer routes, ports, voies ferrées et parcs industriels à travers le monde et en particulier en Afrique, n’est pas, selon Christine Lagarde, la patronne du FMI,  « un repas gratuit ». L’économiste Li Ruogu, ancien Président de la Banque chinoise d’import-export (Exim Bank), déclare : « peu d’Etats africains ont la capacité de rembourser les sommes prêtées » par la Chine dans ce cadre. La menace est connue : routes, ports et aéroports risquent de passer sous contrôle chinois. Cette menace est d’autant plus forte que Pékin, qui commence à essuyer des pertes financières en Afrique, entend désormais respecter des normes équivalentes à celles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) dans l’attribution de nouveaux prêts. L’Afrique sous la menace du surendettement, effet pervers des prêts chinois, est donc une mauvaise nouvelle.

Christian Gambotti

Président du think tank

Afrique & Partage

Directeur de la Coll.L’Afrique en Marche

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