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En Afrique, le changement c’est maintenant! Les 1ères Universités ouvertes à la société civique en Afrique

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Gilles Atayi est un utopiste. Il veut changer l’Afrique. C’est à dire, le monde. La différence avec d’autres, c’est qu’il le fait. Il pose lui-même la question-clé : « L’état actuel de l’Afrique n’est pas une fatalité. Que pouvons-nous faire pour qu’enfin ce continent soit différent? ». L’homme est ivoirien, son activité de conseil lui a permis d’acquérir une connaissance approfondie du continent et de ses entrepreneurs. Son idée : mobiliser la « société civique », et non pas « civile », la nuance est d’importance. Il veut conscientiser le plus grand nombre possible d’individus pour atteindre ce qu’il appelle une « masse critique », à même de peser sur le changement des mentalités. Faire en outre redécouvrir à chacun son rôle citoyen et replacer le civisme au cœur des mentalités pour que le changement vienne « d’en bas ».

Il a créé pour cela un outil : les « 1ères Universités ouvertes de la société civique en Afrique », étaient organisées dans ce but, ce samedi, à Abidjan. Portées par une structure associative dont le nom est éloquent, « Afrique consciente ». Sa vision, réapprendre l’histoire du continent, puiser dans les cultures et les traditions populaires, redécouvrir les valeurs positives de base (courtoisie, croyance en l’homme, respect des aînés, respect de la parole donnée, sens de la responsabilité, bienveillance à l’égard de son prochain, etc.). Il s’agit pour les Africains de reprendre conscience d’eux-mêmes et confiance en eux. Une fierté retrouvée pour envisager l’avenir avec clarté et sérénité.

La méthode de Gilles Atayi, c’est la pédagogie, d’où l’idée d’organiser des « universités », associée à une arme redoutable, le verbe, qu’il a persuasif, à même d’emporter l’adhésion du plus grande nombre.

Enfin, le mode opératoire : « agir, chacun à sa place » pour faire quelque chose de positif. Chaque individu, de là où il est, quelle que soit sa position sociale, peut et doit agir à son échelle. Si suffisamment de personnes se mettent en mouvement, alors l’Afrique changera de visage et les gouvernants seront obligés de se mettre au diapason de cette lame de fond. Voilà pour le tableau général.

Le retour aux valeurs

Le thème choisi pour cette première édition des Universités de la Société civique était « Retour aux valeurs ». L’organisation, bien huilée, a permis aux éléments du puzzle de parfaitement s’agencer : des citoyens exemplaires, éloquents de vérité, de générosité et de fraîcheur, dont les actes dans les domaines de la salubrité, de l’éducation ou de l’aide sociale, impactent de façon décisive leur environnement; des vidéos, interviews ou reportages, parfaitement réalisées; des intermèdes artistiques, chansons, poésies, ambiance musicale, en relation directe avec le propos du jour; des intervenants de haut vol, enfin. Tout a convergé pour alimenter la riche réflexion collective. Une réflexion résumée par Gilles Atayi dans le triptyque suivant : « Les Africains doivent changer le regard qu’ils portent sur eux-mêmes; le regard que le monde porte sur l’Afrique doit aussi changer; chacun à sa place doit se mettre en mouvement ».

Denise Epoté, journaliste respectée en Afrique, a déclaré qu’entre les « afro-pessimistes » et les « afro-optimistes» elle choisissait les afro-responsables ». Venance Konan a parlé de son dernier ouvrage (1), véritable électrochoc pour les consciences africaines. Mamadou Dao, opérateur économique, a apporté un regard pragmatique salutaire aux discussions. Le professeur Sery Bailly a proposé une synthèse magistrale des travaux. Une intervention, notamment, a retenu l’attention. Celle de Mariam Dao Gabala, responsable de Oikocredit dans la sous-région. Elle a posé d’un ton grave la question, en forme de réponse à Nicolas Sarkozy, des conditions de l’entrée des africains dans l’histoire. Dans une métaphore sportive, elle a comparé la vie des peuples à une course de fond, et surtout à une course de relais dans laquelle « la transmission de générations en générations de la culture, des connaissances scientifiques, économiques et spirituelles, des ressources données ou acquises, et surtout d’une vision du futur », sont primordiales.

Une démarche messianique

L’ambiance, parfois, touche au christique. Des slogans, bien trouvés, comme « Le meilleurs de l’Afrique est en chacun d’entre nous » ou « je m’engage, de ma place, à favoriser tout ce qui élève et rejeter tout ce qui rabaisse », sont répétés à l’envie. De même, étrange impression lorsque la salle, bondée de décideurs de tous horizons, récite en coeur le magnifique poème de David Diop, appris à l’école par tous les enfants, « Afrique mon Afrique », l’élevant au rang d’hymne de la communauté ou peut-être de prière.

Il faut soutenir la démarche de Gilles Atayi. La soutenir et l’observer. Elle s’appuie sur une réflexion profonde. Elle a le mérite de mettre en lumière les meilleures initiatives citoyennes, peut-être de les fédérer, en tout cas, d’en susciter de nouvelles, en vue d’atteindre la fameuse « masse critique ». L’initiative, venue « d’en bas », fait largement écho au discours, politique mais en tous points convergent, du Président du Ghana Nana Akuffo Ado, dont les discours depuis quelques temps, surprennent et réveillent tout un chacun. La convergence des actions venues « d’en bas » et de certains discours tenus « en haut » nous permettent d’espérer que nous sommes en passe de vivre une révolution, tout en douceur mais profonde, sur le continent africain. Le changement, c’est peut-être maintenant !

Eviter le piège du rejet de l’autre

Attention toutefois que l’engouement justifié pour « l’Afro-responsabilité » ne tourne pas à « l’afro-centrisme » et à son corollaire, le rejet de tout ce qui n’est pas africain et de l’Occident en particulier, considéré comme étant à l’origine des maux de l’Afrique. Des remarques, subreptices, voire inconscientes, durant les débats, ont sonné comme un avertissement. Ce serait le pire dévoiement d’un mouvement qui s’annonce, à ce stade, salutaire pour les africains. Le professeur Tchétché N’Guessan, économiste, l’a perçu lorsqu’il a lancé : « je préfère traverser la mer dans un bateau occidental que dans une pirogue africaine !».

« C’est en l’écrivant soi-même qu’on construit son histoire, pas en la laissant écrire par les autres », ont répété les intervenants. Samedi, nous avons assisté, médusés, et pour la première fois, à la mise en œuvre concrète d’une utopie déjà largement partagée. Ces « 1ères universités ouvertes de la société civique en Afrique » ont été une stimulante réussite. Pas une leçon de morale aux Africains. Mais une lettre d’amour à l’Afrique.

  • Venance Konan, « Si le Noir n’est pas capable de se tenir debout, laissez-le tomber. Tout ce que je vous demande, c’est de ne pas l’empêcher de se tenir debout. », Editions Michel Lafon, 2018.
AUTEUR

Philippe Di Nacera

Directeur de la publication

Pôle Afrique.info

Journaliste, politologue

Co-fondateur de la Chaîne de télévision d’information TV7 infos sur la TNT

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