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Entretien avec Jean-Christophe Fromantin : « L’opinion attend un autre discours ! »

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   Député-maire de Neuilly, Jean-Christophe Fromantin anime Territoires en mouvement (à mi-chemin entre think-thank et parti politique). Aujourd’hui, il propose une carte nouvelle de l’aménagement du territoire en 8 pôles métropolitains.

 Chef d’entreprise, vous avez été élu maire de Neuilly, puis député, sans être soutenu par un parti politique. Comment s’est construit ce parcours atypique ?

C’est probablement mon regard d’entrepreneur sur les nouveaux enjeux économiques qui m’a incité à m’engager en politique. Je n’avais jamais imaginé cette évolution mais, au fur et à  mesure que j’observais les mutations du nouveau monde, je mesurais à la fois les défis que nous aurions à relever et la distance croissante entre les politiques et la société civile.
Ensuite les étapes ont été rapides : en 2008 je suis élu Maire de Neuilly-sur- Seine et je découvre avec passion le développement d’une ville ; je déroule un programme très innovant, à la fois accès sur la modernisation de la gestion municipale, la promotion d’activités nouvelles liées au changement des modes de vie et une série d’initiatives pour développer le lien social. En 2010 j’ai la chance de recevoir le prix de « l’Elu local de l’année ». J’essaie de travailler sur un mode d’action qui implique la population dans les politiques publiques afin de sortir d’une relation « clients-fournisseur » qui ne correspond pas, me semble t-il, à ce que doit être la vie politique.
Puis je sors deux livres dont les thèmes sont à la croisée de mes expériences de chef d’entreprise, ancré dans les réalités de la mondialisation, de mon attachement aux territoires et de mes responsabilités d’élu local , enfin je suis élu Député des Hauts-de-Seine en 2012.

Vous êtes rattaché à un parti politique appelé « Territoires en mouvement ». Quel est ce mouvement et quels sont ces objectifs ?

Je suis membre du groupe UDI à l’Assemblée Nationale mais il est vrai que j’ai créé en 2010 « Territoires en mouvement » pour travailler et sensibiliser l’opinion sur le rôle des territoires dans une perspective de renouveau de notre projet politique. Je suis en effet convaincu que les territoires doivent être au cœur de la réforme de notre modèle actuel. Ce jeune mouvement compte près de 2000 membres aux compétences très variées qui travaillent avec moi sur cette régénération du rôle des territoires dans un processus de modernisation et d’adaptation compétitive.
Nous fonctionnons un peu comme un grand think tank avec différentes approches, économiques, sociales, européennes, internationales etc. J’essaie d’être présent dans tous les espaces où sont abordés ces sujets ; j’anime régulièrement des conférences sur la nécessité de redéployer notre projet politique au cœur des territoires et d’éviter une centralisation excessive.

La compétitivité, le modèle de croissance, le commerce international , l’emploi , sont quelques-unes de vos préoccupations majeures et vous avez sorti un rapport ces jours -ci sur le commerce extérieur. Quel est le poids qui pèse sur l’exportation française et sa potentialité ?

L’enjeu de l’exportation est énorme et la France a pris beaucoup de retard dans ce domaine. Nos parts de marché ont fortement diminué, y compris sur des secteurs qui correspondent à des avantages comparatifs très significatifs dans notre pays. Je pense à des secteurs comme l’agroalimentaire, les transports, les services ou même le tourisme. Cette réalité n’est que le reflet d’un manque d’ambition, d’une perte de rayonnement et d’un problème de compétitivité qui mérite d’être plus sérieusement traité. Les difficultés de l’emploi et d’un chômage structurel très important sont le résultat direct d’une politique qui depuis trop longtemps n’a pas intégré les évolutions du monde.
Or, paradoxalement, le monde actuel offre des opportunités très intéressantes pour la France. Avec l’arrivée d’une nouvelle classe moyenne issue des pays émergents – qui représentera en 2020 près de 30% des classes moyennes dans le monde – nous avons un relai de croissance exceptionnel compte tenu de l’attirance de ces populations pour notre culture, nos produits et nos modes de consommation. Encore faut-il que nous nous donnions les moyens de revitaliser notre économie autant dans ses dimensions productive, innovante que créative. L’une n’ira pas sans l’autre ; c’est la raison pour laquelle je suis convaincu que notre renouveau économique passera par la promotion de nos avantages comparatifs et par un rapprochement des économies à vocation productive de celles à vocation tertiaire et technologique.
Je mène de nombreuses initiatives pour faire avancer cette idée : c’est le cas de ma nouvelle carte des territoires (cf. question suivante), du rapport parlementaire que j’ai co-rédigé avec Patrice Prat dans le cadre du Comité de contrôle des politiques publiques – et que nous venons de présenter – sur le dispositif français de soutien aux exportations mais aussi du projet ExpoFrance 2025 dont l’objectif est de déposer en 2016, auprès du BIE, une candidature de la France à l’Exposition Universelle de 2025.

Carte des pôles territoriaux proposée par Territoires en mouvement.
Carte des pôles territoriaux proposée par Territoires en mouvement.

Au niveau de l’aménagement du territoire, vous êtes un fervent défenseur du principe de subsidiarité. Partisan du localisme économique et des capacités créatrices du territoire, vous avez propos é une réorganisation de la France en 8 pôles territoriaux, à la fois identitaires et sectorisés sur le plan économique. Pouvez-vous les présenter ?

Je milite pour une reconfiguration majeure de notre organisation territoriale avec trois principes simples : Un bloc communal fort, garant de notre principe de subsidiarité et libre de mutualiser ses fonctions, comme il l’entend, sur la base d’une trajectoire d’économie sur le long terme clairement énoncée par l’Etat ; un regroupement des compétences des Conseils généraux et régionaux autour de huit grands pôles exécutifs territoriaux qui auraient la taille critique pour mener des politiques publiques clairement décentralisées et synchronisées au service de la croissance, du développement des entreprises et de l’emploi ; une nouvelle ambition pour la gestion de toutes les formes de mobilités – numériques, résidentielles, logistiques etc.. Car les mobilités sont fondamentales pour faire face aux enjeux actuels, or elles sont aujourd’hui traitées de façon assez désordonnées sans approche globale, ni cohérence, ni équité. Je pense qu’elles devraient s’inscrire dans un schéma à trois dimensions : infra-territoriale – à l’intérieur des huit pôles – afin de mettre chaque français à moins de 1h30 d’une métropole connectée au monde ; dans le cadre d’un plan de liaison rapide intermétropoles – en France et en Europe – afin de stimuler les échanges et de renforcer les complémentarités entre chaque territoire ; avec une desserte efficace des hinterlands des grands ports maritimes français afin de connecter nos entreprises aux flux entrants et sortants du commerce mondial et de les aider ainsi à organiser leur inclusion dans les nouvelles chaines de valeurs. Je soutiens par ailleurs le maintien des services de l’Etat sur l’échelon départemental qui me semble être un bon niveau pour l’animation territoriale de ses missions régaliennes. Une telle réforme, au delà du fait qu’elle redonnerait une perspective d’efficacité aux politiques publiques, produirait en rythme annuel une économie de plus de 60 milliards d’euros.

“Les politiques doivent avoir une logique d’engagement et non de métier”

Que pensez-vous du projet de loi sur le non cumul des mandats ?

C’est pour moi une grave erreur à deux titres : D’abord parce que nous devons une bonne part de notre indépendance vis à vis des appareils au fait de détenir un mandat exécutif. Ensuite parce que ce projet de loi n’aurait un sens que s’il était accompagné d’un transfert important des pouvoirs normatifs et réglementaires du Parlement vers les territoires, or ce n’est pas le cas. Je milite en revanche pour une limitation dans le temps afin de ré-oxygéner la vie politique.

Que pensez-vous du milieu politique actuel, notamment la perte de confiance massive de l’opinion et le traitement de l’information par les médias ?

Dans cette période de mutation profonde et de changement de paradigme, l’opinion attend de nous une vision et des valeurs. C’est extrêmement difficile aujourd’hui pour le grand public d’apprécier la pertinence des options économiques à prendre. C’est la raison pour laquelle la confiance ne se construira pas forcément sur des choix techniques mais sur des réponses à deux questions simples adressées aux politiques : Quelles sont vos valeurs ? Quelle est votre vision pour le pays et pour notre jeunesse ?
Si nous savons répondre clairement à ces deux questions, alors je reste persuadé que la confiance reviendra. Or aujourd’hui la classe politique n’a pas le courage d’aborder ces questions de fonds car elle a peur de se mettre en risque sur les échéances de court terme. Cette tension du court terme est stimulée en permanence par les réseaux sociaux et les médias. C’est un risque énorme pour opérer les transformations dont la France a besoin. Je suis convaincu que l’opinion attend de nous un autre discours, engagé, courageux et visionnaire – et les manifestations récentes ont montré combien les français étaient sensibles aux questions qui touchent à l’essentiel. Dans la séquence particulière que nous vivons le milieu politique actuel doit passer d’une logique de métier à une logique d’engagement. Il ne réussira cette évolution que si chacun d’entre nous remet la liberté au cœur de ses valeurs et du sens profond de son engagement politique.

La rédaction

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