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Entretien avec Najat Vallaud-Belkacem : « j’aimerais aller encore plus loin dans la réduction des inégalités sociales »

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Najat Vallaud-Belkacem fait sa rentrée scolaire. Une rentrée marquée par la mise en œuvre de la réforme du collège, elle a accepté de répondre aux questions de Parlement & Territoires sur les principaux sujets d’actualité de cette rentrée 2016/2017.

Est-ce que l’école se porte mieux en cette rentrée ?

Oui, c’est évident. En 2012, nous héritions d’une situation désastreuse : près de 80 000 postes supprimés, une formation initiale supprimée, des concours enseignants désertés. A la rentrée 2016, 42 338 postes ont été créés dans l’Education nationale, les ESPE forment depuis 3 ans les nouveaux enseignants, nous avons recruté près de 25 000 professeurs en 2016, un record… Par ailleurs, les réformes pédagogiques se sont progressivement mises en œuvre et trouveront cette année toute leur cohérence, notamment avec l’application des nouveaux programmes, progressifs, cohérents, remettant au centre les fondamentaux pour les plus jeunes élèves.

Entre 2012 et 2017, le budget moyen alloué aux élèves aura augmenté de 10%, 12% pour les écoliers, 7% pour les collégiens, 5% pour les lycéens.

La dépense pour l’éducation représentait en 2014, 146 milliards d’euros. Ne faut-il pas aller encore plus loin comme le font certains autres pays européens ?

Nous avons très nettement augmenté le budget de l’Education nationale depuis 2012 et cela nous a permis de financer les créations de postes et la mise en place d’une formation initiale, préalable indispensable de la refondation de l’école mais aussi revoir les rémunérations des enseignants (ISAE à 1200 euros dans le premier degré, primes pour les enseignants en éducation prioritaire, revalorisation complète des carrières pour tous les enseignants au 1er janvier 2017 dans le cadre du PPCR.).

Nous avons par ailleurs effectué un rééquilibrage entre les écoles, les collèges et les lycées. Entre 2012 et 2017, le budget moyen alloué aux élèves aura augmenté de 10%, 12% pour les écoliers, 7% pour les collégiens, 5% pour les lycéens.

25% des collèges publics sont concernés en cette rentrée par votre plan pour le numérique à l’école. C’est peu pour un projet initié en 2014 ?

Le projet a été initié et préparé à partir de 2014 et annoncé le 6 mai 2015, avec une année de préfiguration en 2015/2016. Mais 2016 est l’année du plan numérique. Au-delà du matériel financé à 50% par l’Etat, nous avons longuement travaillé avec les éditeurs afin qu’ils puissent proposer des ressources adaptées à ces nouveaux outils couvrant tous les nouveaux programmes du cycle 3 et 4. Tous les départements s’engagent dans cette démarche, c’est inédit et c’est un grand succès. Certains ont d’ores et déjà atteint les 100% de collèges dès la rentrée, d’autres n’ont pour le moment qu’un seul collège. N’oubliez pas également que près de 1800 écoles primaires rattachées à un collège de secteur seront également équipées. Une dynamique forte est lancée et je ne doute pas que le plan numérique se déploiera très fortement dans les prochains mois.

Les départements ont choisi de fournir des tablettes, n’est-ce pas un gadget par rapport au nécessaire apprentissage ?

Les tablettes peuvent apporter beaucoup en terme de support pédagogique, en terme d’interaction, de différenciation, d’adaptation à chaque élève. De très nombreux enseignants ont déjà fait des retours très encourageants. Les tablettes ne peuvent être l’alpha et l’omega de l’éducation mais elles sont un support incroyable quand les ressources pédagogiques adaptées sont installées et à des moments que choisissent les enseignants. Je peux ainsi prendre l’exemple de La Machine à Lire mise en place avec le concours d’Alain Bentolila au Havre : elle accroît l’endurance de lecture des élèves, ce projet est enthousiasmant.

C’est vraiment l’Ecole de la République qui rentre dans la société numérique.

Comment renforcer le rôle des enseignants et favoriser l’innovation pédagogique et acculturer largement au numérique élèves et enseignants ?

Le premier pilier du plan numérique est celui de la formation des enseignants ! Trop souvent alors que nous avons observé de très nombreux plans numériques à l’étranger pour l’éducation, cet aspect était-il trop négligé. Sans appréhender les méthodes pédagogiques, la culture numérique et l’utilisation du numérique, livrer un équipement dans une salle de classe est inefficient.
3 jours de formation spécifiques sont délivrés cette année, notre plateforme d’apprentissage en ligne pour les enseignants enregistre 250 000 inscrits et les contenus s’enrichissent sans cesse. Nos nouveaux programmes scolaires font toute leur place à l’éducation aux médias et à l’information, au codage et à l’algorithmique. C’est vraiment l’Ecole de la République qui rentre dans la société numérique.
Nous organisons la mise en lumière des expériences les plus marquantes, et surtout nous évaluons cette stratégie numérique : jamais les chercheurs en science de l’éducation n’ont eu une place si grande aujourd’hui dans la conduite d’une politique publique. Avec le CGI, l’appel à projet E-FRAN, doté de 30 millions d’euros, conduit des expérimentations sur les pratiques et outils de demain en s’appuyant sur la recherche scientifique.
Quant aux élèves, ils sont eux mêmes promoteurs de nouveaux usages, et voient directement les bénéfices d’un enseignement qui utilise le numérique : des apprentissages plus collaboratifs, un apprentissage par l’erreur davantage bienveillant, un appétit pour le numérique que l’Ecole doit accompagner.

Rencontre de la ministre Najat Vallaud-Belkacem avec les nouveaux professeurs, à l'ESPE - Université Paris-Est Créteil, le jeudi 25 Aout 2016 - © Philippe DEVERNAY
Rencontre de la ministre Najat Vallaud-Belkacem avec les nouveaux professeurs, à l’ESPE – Université Paris-Est Créteil, le jeudi 25 Aout 2016 – © Philippe DEVERNAY

L’enseignement public prépare-t-il suffisamment aux métiers de demain ?

L’ambition de l’Ecole est de permettre à chaque élève de devenir un citoyen éclairé, instruit, éduqué, autonome, cultivé et porteur des valeurs de la République. Nous leur donnons le bagage nécessaire et les études pour s’insérer mais aussi pour évoluer tout au long de la vie.  Dans le même temps, nos programmes, nos formations et nos diplômes s’adaptent évidemment à l’évolution des savoirs mais aussi des attentes nouvelles du monde professionnel. Ainsi les connaissances et compétences numériques sont introduites au collège et renforcées au lycée à partir de cette rentrée 2016. Dans l’enseignement professionnel, les diplômes sont régulièrement rénovés avec les professionnels eux-mêmes pour répondre aux besoins nouveaux en qualifications. Et j’ai décidé d’ouvrir à la rentrée 2017, 500 formations nouvelles ciblées sur les métiers de demain. Les académies travaillent avec les conseils régionaux pour les identifier et ainsi répondre aux besoins économiques d’aujourd’hui et de demain dans les territoires.

Quelle serait la réforme à faire d’ici 2017 ?

Ma priorité est de mettre en œuvre les nombreuses réformes engagées : programmes, évaluation, collège, numérique afin qu’elles s’appliquent au mieux sur le terrain. Au-delà, j’achèverai cette année le projet des nouveaux parcours de carrière pour les enseignants et dévoilerai de nouvelles mesures concernant le remplacement.

Et celle qui vous tient le plus à cœur ?

La refondation forme un tout cohérent. Quand j’entends la droite expliquer qu’elle n’a pour seul projet que de faire table-rase de ce quinquennat, je me dis que l’essentiel est de convaincre désormais les Français que ces réformes étaient nécessaires et qu’elles produiront à terme les effets dans l’intérêt des enfants et c’est ce qui compte le plus pour moi.

En voulant simplifier le bac, ne risquez-vous pas de dévaloriser ce diplôme ?

Je l’ai dit : le baccalauréat ne doit pas être supprimé, car il s’agit d’un rite initiatique nécessaire et car nous avons besoin d’un même examen partout sur le territoire qui donne la même valeur au diplôme obtenu par les élèves, quel que soit le lycée où ils ont fait leurs études. Mais je pense que nous devons mener une réflexion sur sa complexité organisationnelle en raison d’un trop grand nombre d’épreuves et d’options. Qu’on m’entende bien, quand je parlais de “simplification”, j’évoquais là les contraintes d’organisation et non le contenu des épreuves !

CAPES / CAPET / Agrégation : la crise du recrutement perdure. Que comptez-vous faire ?

24 438 nouveaux professeurs recrutés en 2016, 93% de postes ouverts pourvus… avouez qu’il est abusif de continuer à parler de crise du recrutement ! Je ne ferme pas les yeux sur les difficultés qui peuvent perdurer ici et là, mais la crise du recrutement est derrière nous. Prenons l’académie de Créteil, le concours exceptionnel a, pour la deuxième année, permis de faire le plein dans cette académie réputée difficile et nous résorbons, peu à peu, les problèmes notamment en Seine-Saint-Denis.

Une hausse de 850M€ du budget de l’enseignement supérieur dans le projet de loi de finances 2017 […]. C’est inédit et chacun le reconnaît.

Comment faire face à l’augmentation importante du nombre d’étudiants ?

C’est un défi pour nos universités, mais c’est surtout une formidable opportunité pour notre pays. La France ne souffre pas d’un trop plein d’étudiants, mais elle manque de diplômés. La démocratisation de l’accès et de la réussite dans les études est notre priorité. Au-delà des 4000 emplois créés dans l’enseignement supérieur, le gouvernement se donne les moyens, avec une hausse de 850M€ du budget de l’enseignement supérieur dans le projet de loi de finances 2017, de financer cette arrivée nouvelle d’étudiants. C’est inédit et chacun le reconnaît.

Vendredi 10 juin 2016, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a remis les trophées EDUCNUM, initiés par la CNIL lors d’une cérémonie qui s’est déroulée à la Gaîté Lyrique dans le cadre du Festival Futur en Seine. - © Philippe Devernay / MENESR
Vendredi 10 juin 2016, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a remis les trophées EDUCNUM, initiés par la CNIL lors d’une cérémonie qui s’est déroulée à la Gaîté Lyrique dans le cadre du Festival Futur en Seine. – © Philippe Devernay / MENESR

Ne faut-il pas augmenter le montant des bourses sur critères sociaux ainsi que le nombre d’étudiants ?

C’est ce que nous avons fait depuis le début du quinquennat. Depuis 2012, plus de 500 M€ ont été mobilisés en faveur de la vie étudiante. Le nombre de boursiers a progressé de 5,4 %, ce qui porte désormais le taux de boursiers à 35%. Cet effort sera poursuivi à la rentrée 2016 : 25 000 nouveaux étudiants bénéficieront à la rentrée d’une bourse échelon « 0 bis » de 1 009 € annuels, les droits d’inscription dont s’acquittent les étudiants non-boursiers, le prix du ticket de restauration universitaire et le montant de la cotisation d’assurance maladie des étudiants sont gelés pour la prochaine rentrée universitaire. Jamais un gouvernement n’avait autant fait pour les étudiants.

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, s'est rendue, vendredi 10 juin 2016, au 7ème salon Futur en Seine, le rendez-vous de l'innovation. - © Philippe Devernay / MENESR
Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, s’est rendue, vendredi 10 juin 2016, au 7ème salon Futur en Seine, le rendez-vous de l’innovation. – © Philippe Devernay / MENESR

Avez-vous le sentiment du devoir accompli compte-tenu que 2016 constitue votre dernière rentrée scolaire avant les échéances politiques de 2017 ?

2016 est une année essentielle, car la refondation de l’école prend toute sa cohérence avec l’application des nouveaux programmes et la réorganisation du collège. Néanmoins, si beaucoup a déjà été fait, beaucoup reste encore à faire : j’aimerais aller encore plus loin dans la réduction des inégalités sociales qui pénalisent tant de nos jeunes élèves au quotidien, nous devons proposer aux Français un projet de société à la hauteur de cet enjeu.

 

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