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EUROPE : Si nous avions écouté Philippe Séguin !

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Pour nous, gaullistes, la voix de Philippe Séguin portait haut les valeurs et les convictions qui sont les nôtres. Philippe Séguin a été accusé d’être « souverainiste », ce qui, dans l’esprit de ses détracteurs, voulait dire qu’il était contre l’Union européenne.
Or, Philippe Séguin était un européen convaincu, mais sa vision prospective de l’Histoire des nations et des peuples le conduisait à dénoncer les dérives fédéralistes et technocratiques de la construction européenne, il y a 27 ans.
Philippe Séguin parlait déjà d’un « fédéralisme au rabais, fondamentalement antidémocratique, faussement libéral et résolument technocratique ». Relisons cette analyse prophétique qui n’a rien perdu de sa pertinence lucide : « Craignons que les sentiments nationaux, à force d’être étouffés, ne s’exacerbent jusqu’à se muer en nationalismes et ne conduisent l’Europe, une fois encore, au bord de graves difficultés, car rien n’est plus dangereux qu’une nation trop longtemps frustrée de la souveraineté par laquelle s’exprime sa liberté, c’està-dire son droit imprescriptible à choisir son destin. »

Ce qui est vrai pour la construction de l’Union européenne est vrai aussi pour la mondialisation : il faut mettre sur le même plan le Brexit britannique, l’élection de Trump aux Etats-Unis ou de Salvini en Italie, le score annoncé du RN de Marine Le Pen le 26 mai, lors des élections européennes en France. Séguin avait raison, lorsqu’il dénonçait les dérives de la construction européenne ou les effets de la globalisation marchande
à l’échelle de la planète.
Nous assistons aujourd’hui au retour des nations et à l’aspiration des peuples à préserver leur identité nationale en préservant leur souveraineté. Les 70 ans de paix et de stabilité que nous a apportés l’Union européenne, un acquis que personne ne souhaite remettre en cause en détruisant l’Union européenne, ne peuvent effacer une civilisation millénaire et la force des Etats-nations que cette civilisation a engendrés.

Nous sommes des Européens convaincus, nous croyons en l’Europe, mais nous voulons d’une Europe capable de conduire de façon transparente, dans certains domaines, des politiques communes que peuvent adopter les Etats-membres, sans remettre en cause la souveraineté des nations.
L’équilibre est certes difficile à trouver, mais ce qui a été réussi avec l’euro, dans un domaine-clef comme la souveraineté monétaire, montre qu’il est possible d’avancer ensemble. Personne ne songe à quitter l’euro, une monnaie qui garantit notre indépendance face au tout-dollar et à la montée du Yen.

Comme Séguin, nous ne remettons pas en cause le projet de construction d’une «Europe-puissance», cela va dans le sens de l’Histoire.

Nous constatons simplement que Philippe Séguin et Charles Pasqua avaient raison, il y a 27 ans, comme de Gaulle avait raison sur l’Europe. En privé, de Gaulle se qualifiait même de « seul véritable Européen ».

Marc Fraysse
Ancien Député
Président de France Unie

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