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François Asselin : « Il nous faut de la stabilité, de la lisibilité et de la cohérence »

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   A l’approche des élections Présidentielles de 2017, François Asselin, Président de la CGPME, livre ses attentes et ses interrogations à Parlement et Territoires sur la nécessaire prise en compte de l’importance économique des PME dans une économie qui se réinvente. Entretien…

 François Asselin, avec l’élection de Donald Trump, ne craignez-vous pas des conséquences très négatives pour les entreprises françaises qui exportent vers les Etats-Unis ?

Bien malin celui qui pourra affirmer s’il s’agit d’une bonne ou mauvaise chose. C’est vrai que Donald Trump a une envie de protectionnisme. Il l’a dit lors de sa campagne électorale. Mais vous savez, les échanges dans le monde sont tellement développés et surtout avec les Etats-Unis, que le pragmatisme l’emporte souvent. Il a aussi besoin du marché européen. La difficulté est que l’on ne parle pas d’une seule et même voix en Europe. Les Etats-Unis sont plus forts que nous et l’on peut craindre pour les entreprises. Mais entre la crainte et le principe de réalité nous ne pouvons qu’attendre pour voir ce qui va réellement se passer.

J’ai développé une stratégie qui vise à être force de proposition sur par exemple les freins que l’on pourrait lever pour développer l’emploi.

Depuis votre élection à la présidence nationale de la CGPME le 21 Janvier 2015 vous vous êtes saisi de nombreux dossiers. Quel bilan faites-vous de ces presque deux années de présidence ?

Il y a eu le fameux épisode de la loi sur le travail. Il y a eu beaucoup d’étapes surtout autour du dialogue social. Au niveau des relations extérieures, ce que je constate c’est que le « fait PME » est aujourd’hui sur toutes les lèvres. On se rend bien compte qu’il y a un vrai sujet autour des PME de notre pays. Globalement il y a beaucoup de bienveillance. Malheureusement il n’y a pas d’actes. La loi Travail intéresse beaucoup plus la grande entreprise que les PME. On est encore loin de tout ce qui serait utile pour développer un environnement favorable pour les PME-PMI. Pour la CGPME, j’ai développé une stratégie qui vise à être force de proposition tant sur la RSE ou sur les freins que l’on pourrait lever pour développer l’emploi. Nous avons pris beaucoup d’initiatives et en interne j’ai voulu développer cette capacité à être force de proposition. Nous avons mis en place des groupes de travail et à l’issue, nous disposons d’une feuille de route claire.

Quant on parle des chiffres du chômage il faut toujours le faire avec beaucoup d’humilité. Depuis pas mal de mois le phénomène de montagne russe domine.

Que pensez-vous du recul du chômage ? Est-ce révélateur d’une meilleure confiance des entreprises ou est-ce un phénomène purement conjoncturel ?

Quant on parle des chiffres du chômage il faut toujours le faire avec beaucoup d’humilité. Depuis pas mal de mois le phénomène de montagne russe domine. On pourra parler de baisse du chômage lorsque nous aurons des taux comparables à certains pays européens comme l’Allemagne. Il y a un chiffre dont on parle peu ; C’est celui de l’emploi salarié dans le secteur privé. Nous avons dépassé le chiffre de 16 millions de personnes dans le secteur marchand. C’est le même chiffre que nous avions en 2010. Le nombre n’a donc fait que s’éroder. Aujourd’hui il faut créer de l’emploi dans le secteur marchand qui génère la richesse. C’est dans ce secteur que l’on peut mesurer le vrai taux d’employabilité. Tant que le taux dans le secteur marchand sera en suspension, nous ne serons pas sortis de l’ornière. Il y  a encore du chemin à parcourir.

En matière de cohérence, il faut que le coût du travail en France soit compétitif par rapport aux autres pays de la zone euro.

De combien faudrait-il réduire les charges des entreprises pour redonner confiance aux dirigeants et notamment aux dirigeants de PME et d’ETI (IS, charges sociales des salariés, RSI) ?

Pour redonner de la confiance il ne s’agit pas uniquement de pratiquer une baisse des charges. Nous ne sommes pas des chasseurs de primes, nous chefs d’entreprise ! Il faut de la stabilité, de la lisibilité et de la cohérence. La stabilité c’est d’abord de ne pas remettre en question les choses en permanence comme dans le domaine fiscal. La lisibilité est de faire en sorte que les mesures prises soient perceptibles et là, force est de constater, que le système n’est pas complètement lisible au travers des différentes réformes engagées comme le CICE. Enfin en matière de cohérence, il faut que le coût du travail en France soit compétitif par rapport aux autres pays de la zone euro. Il faut rester dans la moyenne européenne. Il y a un besoin de réformes structurelles très importantes dans notre pays. Nous sommes restés au bord du chemin car il y a ce grand déficit entre la sphère publique et le secteur marchand. Tant que nous n’aurons pas résolu ce problème, nous n’aurons pas résolu le problème de l’endettement de la France.

Comment expliquez-vous les mauvais chiffres du déficit commercial de la France ? Est-ce un problème de politique étrangère ? Que faut-il faire pour mieux accompagner les PME à l’international ?

Le déficit commercial de la France ne doit pas être regardé avec les lunettes de 2016. La France a commencé à décrocher au début des années 2000, comme par hasard, lorsque l’on a commencé à réduire progressivement le temps de travail dans notre pays. Le nombre d’heures travaillées en France reste inférieur  aux autres pays. Nous avons plus de 230 heures par an  de différence avec l’Allemagne. Tout cela fait qu’au fil des ans les marges des entreprises françaises se sont érodées, avec une difficulté à innover et conquérir de nouveaux marchés. Nos concurrents on pu investir à l’export parce que tout simplement ils avaient les reins plus solides que nous ! Enfin nous n’avons pas la culture du partage de la collaboration dans notre pays. C’est-à-dire que nous ne savons pas emmener toute une filière à l’export comme peut le faire l’Allemagne.

Nous demandons que soit mise en œuvre une réelle politique de simplification pour stopper l’inflation législative.

Que proposez-vous ? Quelles sont les 5 mesures que vous souhaiteriez voir mettre en œuvre par le futur Président de la République ?

Pour commencer, il faut travailler sur le long terme pour diminuer l’endettement de la France. Ensuite, il faut réformer la sphère publique par rapport au secteur marchand. Cela passe aussi par une réforme de la représentation nationale. Ce n’est pas la peine d’avoir autant d’élus en France.

Dans la même ligne, nous demandons que soit mise en œuvre une réelle politique de simplification pour stopper l’inflation législative. Pour ce qui est des réformes structurelles, il faut regarder comment réformer notre marché du travail. La vraie question est de savoir comment rebondir lorsque l’on perd son emploi ou que l’entreprise a des difficultés. Dans le domaine du coût du travail il faut surtout veiller à ce que ce coût reste dans la moyenne européenne. Nous proposons également de fusionner le CICE, les allègements Fillon et les allègements du Pacte de responsabilité en un dispositif unique prévoyant une réduction dégressive des cotisations patronales de sécurité sociale jusqu’à 3,5 SMIC avec un point de départ à 0 cotisations patronales (hors ATMP) au niveau du SMIC.

Une autre demande de la CGPME serait que soit sanctuarisé l’IS, volet essentiel de la fiscalité des entreprises et que soit harmonisé l’Accis en Europe, tant sur les taux que sur l’assiette de l’impôt.

Concernant le développement durable, nous préconisons de créer une Union Européenne de l’énergie pour harmoniser la politique  européenne et réduire le coût de l’énergie. 

Enfin, une des mesures dans le champ numérique que la CGPME souhaiterait voir appliquée est le déploiement d’une couverture haut débit sur tout le territoire pour mettre fin à la fracture numérique.

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