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LA LETTRE DE FRANCE UNIE #266

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ÉDITO

L’IMPARTIALITÉ DE LA JUSTICE SUR LA SELETTE

Il est toujours difficile de parler de la Justice, tant elle reste à mes yeux une fonction régalienne dans notre fonctionnement républicain, fonction vouée à confirmer l’égalité des citoyens dans l’application du droit. Interpelés, nous l’avions été lors d’une enquête parlementaire… à l’écoute des propos tenus sous serment par l’ancienne responsable du Parquet National Financier portant sur les pressions subies dans la conduite de ce qui devait devenir « l’affaire Fillon » et son déroulé, en pleine campagne présidentielle. Sidérés, nous le restons, avec les révélations faites par l’hebdomadaire Le Point. Des avocats auraient ainsi été placés, près de cinq ans durant, sous écoute téléphonique afin de trouver une « taupe » dans une affaire concernant Nicolas Sarkozy.

Le sujet n’est point de savoir si les fadettes – lecture de contacts téléphoniques, géolocalisations et non écoutes – sont légales. Les juristes en débattront. Notre questionnement porte bien davantage sur l’esprit de la méthode employée ; sur le nombre des personnes, sur la longueur sans précédent de la période d’intervention et, surtout, sur l’impasse faite par le dossier d’instruction de toute information relatives à ce procédé. Cette « affaire » dans l’affaire témoigne des méthodes de la Justice à l’égard de certains justiciables – de hautes personnalités politiques en l’occurrence – ce qui (re)pose avec une acuité particulière la question de l’impartialité.

La création du Parquet National Financier avait répondu à l’indignation soulevée par l’affaire Cahuzac, au début du quinquennat de François Hollande. Sa finalité première affichée ? Conforter la légitimité de la représentation nationale par l’exemplarité de ses membres. Cela, en gravant dans le marbre la règle selon laquelle ceux-ci ne pouvaient échapper à la loi. Pour ce faire, indépendance et impartialité des juges – principes consubstantiels à un Etat de droit, à une République forte de ses valeurs – figuraient comme des règles intangibles… sans quoi le Parquet National Financier aurait été mort-né, vidé de sa substance, telle une coquille vide.

Je ne saurais naturellement me prononcer sur le fond des dossiers judiciaires concernant messieurs François Fillon et Nicolas Sarkozy, personnalités politiques, justiciables dans notre Etat de droit : ceci sera tranché à l’occasion de procès à venir. Mais, sur la méthode suivie par le Parquet National Financier, permettez-moi de me montrer plus que dubitatif quant au choix des calendriers d’enquête et des moyens d’instruire les dossiers. En un mot, je suis tout, sauf convaincu, de l’impartialité de la procédure.

Maître Dupont-Moretti, un des avocats dont les fadettes auraient ainsi été « écoutées », n’a pas hésité à évoquer une « République des juges », manière de dénoncer une dérive autoritaire de l’institution judiciaire. Si les révélations de l’ancienne responsable du Parquet National Financier, comme celles de l’hebdomadaire précité devaient finalement ne pas être prises en compte pour faire évoluer le fonctionnement à venir de notre Justice, alors le risque souligné par l’avocat pénaliste – homme de gauche comme il le fait comprendre dans certains entretiens – est bien réel.

MARC FRAYSSE, Ancien Député et Président de France Unie

POINT DE VUE

PHILIPPE OU PAS PHILIPPE ?

C’est la question du moment. À l’occasion du prochain remaniement après le second tour des élections municipales le Président de la République doit-il changer de Premier Ministre ?

Je ne veux pas reprendre ici les arguments pour ou contre que nos médias ressassent depuis quelques jours. Mais profitons de ce suspense (!) pour poser quelques questions de fond…et émettre un souhait personnel.

Le Premier Ministre est choisi par le Président de la République pour conduire et diriger la politique du Gouvernement selon notre constitution. Or de fait c’est le Président qui assume cette fonction. Le Premier Ministre qui ne tire sa légitimité que du Président est un « collaborateur « disait Nicolas Sarkozy. Alors faut-il supprimer la fonction ? Si on souhaite confirmer cette prééminence présidentielle, à l’évidence oui. Mais est-ce souhaitable ? Pour moi, certainement non. Sans être partisan d’une collaboration à l’image des années 86/88 et 93/95, je crois utile cette dualité du pouvoir exécutif. Au Président les grandes orientations, la conduite des politiques étrangère et de défense, au Premier Ministre la gestion gouvernementale. Mais pour respecter cette dualité, il faut découpler élections législatives et élection présidentielle. Tant que les députés seront élus un mois après le Président de la République il est illusoire de penser à une quelconque autonomie du Premier Ministre… comme à un Parlement qui disposerait d’une capacité d’initiative. C’est ce débat qui est nécessaire.

Un souhait personnel…qui peut étonner. Je souhaite qu’Edouard Philippe soit remercié ! Non pas qu’il soit un mauvais Premier Ministre au contraire ! Mais je ne crois pas à la réélection d’Emmanuel Macron et j’ai peur d’une élection présidentielle favorable aux extrêmes. Qu’il le veuille ou non, Edouard Philippe limogé, en réserve au Havre, deviendra le seul homme capable de réunir en 2022 une majorité des Français ( comme Pompidou en 1969 après son départ de Matignon l’année précédente ).

CHRISTIAN PHILIP, Ancien Député, Ancien Premier Adjoint de Raymond Barre

SOCIÉTÉ

CONVICTION ET RESPONSABILITÉ

Sans revenir sur l’impératif catégorique de Kant ou sur les réflexions de Max Weber, j’essaie dans mes choix politiques d’appliquer cette dialectique de la conviction et de la responsabilité, surtout au moment d’une élection. Pour défendre le principe d’une élection à deux tours, Jacques Chirac répondait que dans un premier tour on s’exprime et dans un deuxième tour on choisit. Pour ma part, on exprime sa conviction et on choisit en responsabilité.

C’est la situation du deuxième tour pour les élections métropolitaines et des élections municipales à Lyon qui m’inspire cette réflexion entre la conviction et la responsabilité. A cela s’ajoute une réalité locale qui s’inscrit dans une trajectoire historique. L’agglomération lyonnaise est liée à l’Histoire de la ville de Lyon. C’est un Villeurbannais qui vous dit cela. On ne peut choisir une équipe pour mener une agglomération vers l’avenir s’il n’y a pas une cohérence avec ce que les équipes précédentes ont réalisé. Pour résumer l’Histoire de cette ville et son dynamisme, je vous cite ce que mon vieux professeur d’Histoire de classe terminale nous a résumé dans le cadre d’un chapitre sur l’aménagement du territoire, « Paris est la capitale de la France, Lyon est la capitale de la province ». Je trouve que cette formule résume bien le lien de Lyon avec la France et son poids par rapport à Paris. Cette situation exceptionnelle, notre agglomération la doit à ses décideurs, ses innovateurs, ses aménageurs. Elle la doit à un état d’esprit basé sur l’enracinement provincial, la dynamique créatrice, l’investissement et le travail. Dans un langage marxiste nous pourrions parler d’une bourgeoisie éclairée et humaniste, marquée par le Catholicisme social et la Franc-maçonnerie. Cela donne une ville qui avance de manière équilibrée et ouverte. Ville marquée par l’industrie textile, la chimie, la pharmacie.

Les maires de cette ville ont réussi une synthèse de toutes les sensibilités, de toutes les aspirations pour créer des dynamiques fortes. Edouard Herriot, de 1905 à 1957, symbolise à merveille cette synthèse dynamique, qui lancera les grands projets structurant aux Brotteaux, à Gerland, aux Etats-Unis (quartier de Lyon), sans oublier l’édification de la Bourse de Lyon et l’électrification de la ville. Tout cela avec des aménageurs comme Tony Garnier, ou l’homme politique Laurent Bonnevay. Et l’on peut continuer la suite avec Louis Pradel de 1957 à 1976, à qui l’on doit la Duchère, Perrache, le quartier de la Part-Dieu. La suite avec Francisque Collomb de 1976 à 1989. On lui doit la Halle Tony Garnier, Eurexpo, la gare de la Part-Dieu, Interpol, le lancement de la cité internationale. Michel Noir de 1989 à 1995 qui lança la rénovation de l’opéra, sans oublier le plan lumière. Raymond Barre de 1995 à 2001 qui lance ENS et l’aménagement de Gerland, Biovision. Tout cela renforce la place de notre agglomération en France et en Europe. Gérard Collomb a très clairement saisi la nature de cette évolution, suite à son échec en 1989 face à Michel Noir.

Gérard Collomb a très bien saisi l’esprit pragmatique des Lyonnais et leur humanisme. Une gauche marxiste ne pouvait avoir aucune chance, à part sur certains arrondissements comme le 7e ou le 8e. Dès le départ, sa relation au PS ne pouvait qu’être problématique. Il est protégé par Pierre Mauroy et anime la fondation Jean Jaurès. Cela le conforte nationalement et internationalement.

Il a perçu les conséquences des évolutions passées et les mutations sociologiques. Celles-ci vont favoriser l’émergence de couches salariées supérieures avec l’importance de chercheurs, d’ingénieurs. Le renforcement culturel de l’agglomération va développer tout une catégorie de métiers liés à la culture. Gérard Collomb va faire la synthèse avec toutes ses catégories, les populations ouvrières, les salariés du supérieur, les artistes. Il ne lui reste plus qu’à de crédibiliser devant les décideurs lyonnais. La droite locale, à ses dépens, va lui donner l’occasion de concrétiser sa stratégie. Le mandat de Michel Noir, malgré son travail remarquable, se termine mal. Raymond Barre prend les choses en main. Son pragmatisme et sa volonté de dépasser le sectarisme vont aider Gérard Collomb. Sa liste gagne un certain nombre d’arrondissements. Il devient maire du 9e. Il devient vice-président de la COURLY. Ces fonctions vont le légitimer auprès des décideurs lyonnais. Le pragmatisme de ces derniers va faire la différence en 2001. Face à une tête de liste à droite peut convaincante la ville bascule vers le plus innovant. Gérard Collomb est à la fois une rupture politique et une continuité dans la dynamique lyonnaise. Les travaux qu’il lance vont dans ce sens : aménagement des berges du Rhône, Confluence, tours supplémentaires à la Part-Dieu. Il bouscule l’organisation administrative et créée la métropole de Lyon en janvier 2015. Celle-ci récupère, en plus, les compétences du Conseil général, avec l’accord de son président. Ce dernier cherche surtout à se dégager de compétences sur un territoire qu’il maîtrise mal. Cette opération est incontestablement une réussite politique et qui donne à notre territoire un outil fort pour son développement. Cette démarche à la fois innovante et pragmatique n’entre par dans les schémas idéologiques de la gauche. Celle-ci ne pouvant se passer du leadership de Gérard Collomb ne peut que ronger son frein. La suite de l’élection d’Emmanuel Macron va être l’occasion de marquer la rupture. Le pari de Gérard Collomb était risqué. Soit le macronisme marque le départ d’une nouvelle étape, soit il se dégonfle aussi vite qu’il est apparu. Dans une logique de reflux, la vision d’avenir s’estompe et laisse la place à des règlements de compte. Nous arrivons à la situation actuelle. Une victoire de la Gauche et des écologistes sur la métropole et sur Lyon est possible. Les convictions ne suffisent plus. Nous sommes tous placés devant nos responsabilités. Notre métropole va-t-elle continuer dans sa dynamique et préparer l’avenir ? Va-t-on laisser une équipe motivée par un agenda idéologique coupé de la réalité briser tout cela ? Des exemples locaux nous le démontrent, comme Grenoble.

Je soutiens au niveau de la métropole la candidature de François-Noël Buffet, avec conviction, car nous sommes dans le même camps, surtout par son pragmatisme, son humanisme et sa volonté de porter un projet fort. Au niveau de Lyon, je soutiens Yann Cucherat, par esprit de responsabilité. Dans les communes où il n’y a pas de liste Buffet-Cucherat, par esprit de responsabilité il faut un vote qui ne renforce ni la Gauche, ni les écologistes. On a bien compris, que quelque soit les résultats de dimanche, nous entrons dans une nouvelle période. Il faudra reconstruire des forces innovantes et responsables. Il faudra faire preuve d’ouverture pour établir des passerelles avec des gens d’horizons différents mais motivés par une volonté commune et une vision d’avenir.

JOSÉ MARCO, Ancien élu de Villeurbanne, Historien

CULTURE

LE CANCRE N’EST PEUT-ÊTRE PAS CELUI AUQUEL ON PENSE …

L’information de proximité est une chose ; l’information bien trop instantanée, pour être vérifiée et nuancée, en est une autre. Je pourrais ainsi vous évoquer les chiffres annoncés sur la diminution du nombre de demandeurs d’emplois entre avril et mai 2020. Or, sans vouloir « jouer les Cassandre », les chiffres à publier en ce domaine sur septembre et octobre prochains devraient se révéler plus significatifs… au dégel des déclarations de cessation des paiements, courant août.

L’information tapissée de proximité, pour camoufler le BA13 de communication institutionnelle de notre enseignement à la française, me laisse encore plus songeuse, à l’écoute de certains retours d’expérience de lycéens et d’étudiants dont je connaissais le sérieux et l’investissement en temps de confinement. A l’heure où les premiers résultats commencent à être connus dans l’Enseignement supérieur – venant moi-même de corriger un mémoire – je vous propose de vous faire partager le cas très pratique d’un étudiant en dernière année d’école de commerce sur Paris.

Cet étudiant a découvert avec stupéfaction, il y a peu dans un mail, que son rapport de fin d’étude avait obtenu la note de zéro pointé sur vingt… un formidable contraste avec le quinze sur vingt obtenu l’année précédente à son dernier rapport de stage. Pour suivre ses trois années d’études au sein de cette école, notre étudiant avait contracté un prêt étudiant pour un montant culminant autour des 35.000 euros.

La problématique ? A l’heure où le gouvernement s’interroge déjà sur le sort, en septembre prochain, des nouveaux entrants sur le marché du travail, l’humiliation serait-elle de mise, surtout si chère à rembourser à compter de septembre ? Efforçons-nous de répondre à cette problématique avec pragmatisme.

Le bureau de Poste, d’où ont été expédiées les reliures s’étonne lui-même qu’aucun A/R ne lui soit revenu. Pourrait-il ainsi s’agir d’une simple mais bien malheureuse déperdition dans les couloirs de l’école de ces deux exemplaires reliés, ceci ayant pu laisser supposer au correcteur désigné que l’étudiant avait décidé de déclarer forfait ? On peut penser en toute logique qu’un correcteur faisant le compte des rapports de fin d’étude en sa possession vérifiera naturellement si le compte est bon avec le nombre d’étudiants listés sur un formulaire dédié qui lui aura été transmis. Et, pour le cas où ces deux référentiels ne coïncideraient pas, le correcteur aura naturellement alerté le service administratif concerné, forcément destinataire de la vidéo de présentation exigée et transmise par mail… avec le rapport. Pourrait-il sinon s’agir d’une erreur matérielle de saisie sur un poste informatique, en télé travail ou pas ? Difficile de le savoir : le standard de l’école ne répond pas.

Rassurons-nous toutefois, tout n’est pas perdu car le mail « stupéfiant » mentionne expressément la possibilité pour l’étudiant de passer devant un jury… en décembre prochain pour évaluation sur dix points, la notation restant sur vingt. Mince ! Notre étudiant est tout de même sur le point de passer un deuxième entretien d’embauche dans une même entreprise…

S’il ne devait finalement s’agir ni d’égarement, ni d’erreur, alors une question viendrait à me hanter : comment un correcteur peut-il oser attribuer la note de zéro à un mémoire dont je sais que la présentation était soignée et le contenu intelligible, ayant été invitée à en faire une dernière relecture ? A supposer que le choix de la problématique de fond et des moyens désignés pour sa résolution aient pu déplaire, voire contrarier le correcteur désigné pour non respect des consignes connues de l’étudiant, la note à attribuer au rapport devrait bien en principe ressortir de la grille d’évaluation transmise au correcteur et que celui-ci aura consciencieusement renseignée. Faudrait-il alors envisager que la grille conçue par un conseil pédagogique – ou par le seul correcteur – l’ait été sur une échelle partant de zéro, l’étudiant ayant obtenu zéro sur chaque item ?

Ce cas, inédit à ma connaissance, m’interpelle sur la mission qui est celle d’un correcteur, hors concours naturellement. Dans mon esprit, la vocation d’un rapport de fin d’études est simple : offrir l’opportunité à son auteur de mettre en perspective recherches, réflexions et modalités d’action convergeant sur sa capacité à mettre en œuvre les compétences attendues de lui, partant des connaissances acquises au cours de son parcours.

On espère ainsi de l‘auteur qu’il prenne du recul et s’implique, avec force d’esprit critique et de suggestions en termes de prospective. Le correcteur, ne perdant jamais de vue les fondamentaux sur lesquels il aura largement insisté durant ses cours, aura de son côté à se livrer à un exercice somme toute délicat : apprécier la structure et les développements du rapport, se remémorant lui même de quelle maturité il disposait au même âge, en particulier si l’auteur du rapport ose prendre le risque de lever le voile sur des champs encore vierges.

A mes yeux, la pédagogie, c’est répéter mais c’est aussi et surtout transmettre, partager et accompagner pour voir « le disciple » toujours mieux s’accomplir et s’élever en faisant « ses humanités ». A cet effet, un correcteur corrige en portant de précieux commentaires sur le document pour qu’enseignements en soit tiré à l’avenir. Ce qui, bien évidemment, exige remise en main propre au « disciple » du support portant corrections et commentaires. N’oublions pas enfin l’immense responsabilité pesant sur les épaules de tout enseignant au regard de l’orientation que nos jeunes prendront pour embrasser leur avenir. Porter notre lanterne sur un bout de leur chemin, c’est si précieux pour eux et si aisé pour nous, enseignants.

Chacun de nous garde en tête au moins un(e) de ses ancien(ne)s camarades, marqué(e) au fer … « tu n’es qu’un cancre » ! Peu d’entre eux ont réussi à devenir le formidable cancre de Jacques Prévert et tous espèrent dans l’Education nationale et l’Enseignement supérieur pour élever plus haut leurs propres enfants.

SOPHIE BELMONT, Docteur en Droit

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