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LA LETTRE DE FRANCE UNIE #267

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ÉDITO

APRÈS LES MUNICIPALES : LA RÉALITÉ DE LA CRISE DEVANT NOUS !

L’état de notre pays, déjà profondément fracturé, s’apprête à affronter une crise économique et sociale sans précédent suite à la crise sanitaire… de quoi saisir notre exaspération, dans le contexte politique actuel que nous connaissons.  

En invitant les journalistes de la Presse Quotidienne Régionale à une conférence de presse, le Président de la République a tenu à s’adresser à cette France qui le suit si peu ; cette France des territoires oubliés, de ces personnes trouvant des emplois peu qualifiés, et donc peu rémunérés, mais contraints de se déplacer avec leur véhicule pour travailler, faute de transports en commun adaptés. L’intention de notre Chef d’Etat ? Relancer l’économie de ces bassins de vie par une conférence des territoires. Espérons qu’après de nouveaux échanges et de longs discours, suivent enfin des actes.

Tous les médias se sont focalisés sur la « vague verte » du deuxième tour des municipales. Sur des villes comme Lyon, Strasbourg, Marseille – en attente du troisième tour – et Paris, les succès remportés par une coalition verte-rouge-rose sont significatifs. On observera toutefois que cette coalition s’est formée à la façon gauche plurielle de « l’époque Jospin » mais, cette fois, avec des écologistes pour constituer le point de rassemblement. L’avenir s’annonce ainsi éco-responsable mais non pas forcément populaire au sens sociologique du terme!

Indépendamment du caractère « autoritaire » qu’affichent déjà dans leurs déclarations publiques les nouveaux maires « victorieux » pour affirmer la voie écologique – 100% vélo et non à la ligne LGV Lyon Turin – la réalité politique de cette « vague verte » ne trompe personne. En effet, celle-ci ne s’exprime pas à l’échelle nationale ; peu ou prou, en fait, dans 460 villes de plus de 20.000 habitants ayant désigné nombre d’élus LR – fait à peine souligné souligné par les médias – là où, curieusement, des élus PS témoignent de leur ancrage.

Ce constat permet de lever le voile sur un phénomène des plus significatifs : l’électorat populaire persiste à vouloir échapper au PS et au PC, comme en témoigne la progression de la « mer bleue  LR» sur les couronnes des agglomérations, autour de Paris et encore davantage aux abords de Lyon. Et cela, sans que le RN n’en tire aucun parti.

La « vague verte », elle, s’exprime pleinement au cœur d’agglomérations comme celles de Lyon ou de Paris… là où, précisément, une classe moyenne déçue par la LREM a choisi de se reporter sur un changement politique susceptible d’améliorer la qualité de leur quotidien : qualités de l’air, de l’alimentation, du logement et de la mobilité, en particulier. Cette tendance s’articule avec un mouvement de protestation sociale appuyée par le LFI, lequel pourrait bien trouver à s’élargir dans les prochains mois.

Cela étant, il n’aura échappé à personne que les commentaires des médias – spécialement  en plateaux de chaînes d’info en continue – s’appliquent à retenir les seuls symboles, les seuls effets du vote du second tour des municipales : des « fiefs » sont tombés et les débats s’envolent sur une France aspirant à une nouvelle vie sans avion, sans carbone, sans pesticide !

Or, pour l’heure, une réalité beaucoup plus préoccupante nous rattrape à la vitesse de la lumière : déjà se profilent ses cortèges de plans sociaux au sein de grands groupes industriels, la vague nationale du chômage pour la rentrée prenant funestement forme.

Disons-le tout net : ce second tour des municipales, consacrant la victoire des abstentionnistes à plus de 60%, témoigne plus sérieusement de l’expression d’une fracture sociologique et politique que la crise économique imminente ne fera qu’aggraver.  

Je persiste à dire et écrire que cette élection n’aurait jamais dû avoir lieu, c’est un déni de démocratie.

MARC FRAYSSE, Ancien Député et Président de France Unie

POINT DE VUE

MUNICIPALES : UNE FAUTE IMPARDONNABLE

Comme on pouvait le craindre, le taux d’abstention a encore battu un record dimanche dernier. Les contraintes liées à la situation sanitaire, l’écart entre le premier et le second tour, la date choisie à la veille des vacances, tous ces facteurs expliquent ces abstentions jamais connues pour des élections municipales.

Quelle peut-être la légitimité des élus quelqu’ils soient ? Certes les abstentionnistes en sont les responsables mais être élu avec souvent moins de 20/100 des inscrits cela pose un vrai problème. Et pourtant ils vont gérer nos communes pendant six ans, disposer de compétences et de budgets conséquents, modeler notre vie quotidienne.

Voilà pourquoi je dis que ce second tour est une faute impardonnable. Le Président de la République a pris le risque de porter un coup à notre vie démocratique. Il a considéré que ces élections étaient perdues d’avance pour lui, alors autant s’en débarrasser le plus vite possible, d’autant plus qu’on connaît son peu d’intérêt pour nos collectivités locales. Voulant désigner rapidement un nouveau Gouvernement, il ne voulait pas qu’organisées à l’automne ces municipales soient interprétées comme un désaveu pour sa nouvelle équipe. Les considérations politiciennes l’ont emporté sur l’intérêt du pays. Il ne faudra pas l’oublier.

À Lyon, là aussi, on a dénombré plus d’abstentions qu’au premier tour. Le succès des Verts alliés au PS et à la France Insoumise est incontestable. Il y a eu un rejet de Gérard Collomb qui n’a pas compris qu’il devait renoncer à un quatrième mandat et une volonté d’alternance. Souhaitons que nos nouveaux élus sachent faire face à leurs responsabilités, à Lyon comme dans les autres grandes villes emportées. Oui évidemment à une transition écologique mais non à la décroissance et à l’écologie punitive. Mais cette victoire, à Lyon comme ailleurs, reste entachée par le faible nombre d’électeurs. Mais là c’est la faute, impardonnable pour moi, du Président de la République.

En fait de vraie réforme, plus que le vote obligatoire ou compter le vote blanc, il faudrait exiger un nombre minimum de votants pour qu’une élection soit validée, à savoir au moins 50/100 de votants par rapport aux inscrits et peut-être un nombre minimum de suffrages exprimés ( 40/100 ? ).

In fine, une seconde faute impardonnable est à imputer cette semaine au Président Macron, la fermeture de Fessenheim. Cette centrale pouvait encore fonctionner quelques années. Le résultat est que le RDTE (Réseau De la Transition Énergétique) n’exclut pas cet hiver,en cas de pic de consommation, des coupures de courant et que le reste de l’année l’électricité exportée vers l’Allemagne ne le sera plus, d’où perte de recettes et remplacement Outre Rhin de cette électricité nucléaire par une électricité produite par des centrales thermiques au charbon. Tout cela parce que le Président Macron voulait Hulot dans son Gouvernement en 2017.

CHRISTIAN PHILIP, Ancien Député, Ancien Premier Adjoint de Raymond Barre

SOCIÉTÉ

DOMINANTS, DOMINÉS

Une lecture simpliste de l’Histoire donne l’impression que depuis les premières civilisations, les relations humaines se résument à une succession d’oppressions. Dans toutes les religions qui se sont succédées nous retrouvons dans chacune d’entre elles une dimension millénariste et eschatologique. Il y a le mal et le bien, les malheureux et les bienheureux. Ceux qui souffrent et subissent connaîtront le bonheur éternel. Il suffit d’espérer. Le Christianisme est probablement la religion de l’espérance, du salut individuel. C’est aussi dans ce principe d’espérance que vont naître deux ensembles d’hérésies eschatologiques, le millénarisme et la gnose. Dans tous les cas, le réel est perçu comme oppressant. La création divine a été détournée par Satan. Il convient d’abolir le réel par une soumission au principe d’espérance qui ouvre l’esprit à l’éternité. Mais on peut abolir le réel par une révolte millénariste qui engendrera une série de guerres religieuses.

La Renaissance, puis le siècle des Lumières vont laïciser le millénarisme. La Révolution française va déclencher et amplifier ce phénomène à travers le communisme de Gracchus Babeuf. Mais c’est incontestablement la pensée de Karl Marx qui va être déterminante. Sa pensée se construit dans une période de ruptures. Il y a d’abord la rupture politique de la Révolution française, dont les effets vont être amplifiés dans toute l’Europe par l’épopée napoléonienne. Il y surtout le processus d’industrialisation qui transforme les paysages ruraux en paysages urbains, entraînant par la même occasion des bouleversements sociologiques sans précédent et une production colossale de richesses. Toute la géopolitique de l’Europe en sort bouleversée, entraînant par la suite un bouleversement plus général au niveau de l’Humanité. Dans les pays qui s’industrialisent, à commencer par le Royaume-Uni, puis la France et plus tardivement l’Allemagne, une classe ouvrière de plus en plus nombreuse émerge.

Karl Marx va, par son géni philosophique réadapter le schéma millénariste dans une pensée matérialiste, en utilisant un vocabulaire épistémo-scientifique pour donner à son idéologie une prétention scientifique : le socialisme scientifique. 3 Il inscrit cette pensée dans une perspective historique, le matérialisme historique, dont l’aboutissement nécessaire est l’abolition des classes, le communisme.

Le moteur de l’Histoire de toute l’Humanité est « la lutte des classes ». Elle existe depuis l’aube des civilisations. L’Histoire n’est rien d’autre que la domination de quelques-uns sur l’ensemble : maîtres et esclaves, seigneurs et paysans. Avec le capitalisme nous arrivons à l’étape ultime de la lutte des classes, patrons et ouvriers. Cela se traduira par une Révolution qui débouchera d’abord par l’inversion de la domination (socialisme), puis par la fin de toute domination (communisme). Cette théorie a fasciné les classes ouvrières d’Europe par sa vision millénariste. Elle a aussi fasciné par son vocabulaire épistémologique les intellectuels. Mais la connaissance des crimes staliniens en 1956, puis l’effondrement de l’URSS marquent un certain discrédit de cette pensée. Marx a voulu libérer l’Humanité, ses prédécesseurs l’ont précipité en enfer.

D’autres théories vont prendre la relève. Les deux guerres mondiales puis la guerre froide vont affaisser la puissance de l’Occident. Jusqu’en 1940 le Royaume-Uni et la France étaient ses piliers. Après 1945, les États-Unis vont récupérer le leadership de cette civilisation pour l’appauvrir culturellement, la disneylandisation de l’Occident. C’est le vide d’où vont surgir d’autres périls. En France, se développe le courant déconstructeur. Tout un ensemble de philosophes, dans la dynamique impulsée par Sartre, vont déconstruire « philosophiquement » le réel. Parmi eux Michel Foucault, Louis Althusser, Jacques Lacan, Gilles Deleuze, Alain Badiou, auxquels nous rajoutons l’Allemand Jurgen Habermas et le Slovène Slavoj Zizek, vont mener un travail de sape aux conséquences politiques désastreuses, déclenchant dans tout l’Occident un esprit de guerre civile qui s’exprime par ce tsunami politico-médiatique, suite à la mort de George Floyd.

Les déconstructeurs vont porter à l’extrême cette vision marxiste de la lutte des classes. Ce n’est plus seulement à travers l’opposition patrons et ouvriers que s’exprime la domination. Dans toutes les relations humaines il y a un dominant et un dominé. L’homme domine la femme. Le professeur domine l’élève. Les parents dominent les enfants. Le sachant domine l’ignorant. Le blanc domine le noir. Toute la culture humaine dans toutes ses formes (littérature, peinture, sculpture, musique, cinéma) exprime cette domination. Tous les champs du savoir, les sciences humaines, les mathématiques, la physique… expriment cette domination. Le vocabulaire exprime cette domination. La sexualité est la forme la plus absolue de la domination masculine, puisque même la pénétration est une agression. Le dominant est l’agresseur et doit être culpabilisé. La dominé est l’agressé et doit être victimisé. Pour concrétiser ces délires soi-disant philosophiques nos déconstructeurs dégagent les symboles du dominant, le mâle blanc, hétérosexuel de plus de 50 ans. Tous les êtres humains sont catégorisés et donc déshumanisés. En éliminant la représentation de ces catégories vous détruisez la symbolique de l’oppression. D’où le déboulonnage des statues. Quand des ultras féministes livrent en pâture, sur les réseaux sociaux, un grand réalisateur, peu importe qu’il soit innocent de ce qu’on lui reproche. Il est coupable par la catégorie à laquelle il est rattaché. Ainsi les blancs doivent se mettre à genou pour s’excuser des crimes de l’esclavage. Bien sûr ceux qui se mettent à genou ne sont pas responsables. Mais ils symbolisent par la blancheur de la peau la catégorie oppressive. Tous les responsables de l’autorité sont des tyrans, tous les hommes sont des violeurs, tous les blancs sont des esclavagistes.

`L’effondrement de notre civilisation n’est pas dû à des attaques extérieures mais à un effondrement de nos propres repères alimentés par des destructeurs dont leur force ou terreur intellectuelle nous ont sidérés. Réagissons avant qu’il ne soit trop tard car je vous garantis que le monde qu’ils nous imposeront sera horrible.

JOSÉ MARCO, Ancien élu de Villeurbanne, Historien

CULTURE

C’EST PAS LA MER QUI PREND L’HOMME, C’EST L’HOMME QUI PREND LA MER !

Certains s’apprêtent peut-être déjà à hisser leurs voiles. Souhaitons leur bon vent mais tel n’est pas le propos. « C’est pas la mer qui prend l’homme, c’est l’homme qui prend la mer »… ce refrain « à rebours » du chanteur Renaud, qui me trotte dans la tête, m’est inspiré des conclusions des recherches, menées durant près de trente ans, par un passionné du système dentaire mais pas que.

Pour avoir lu le synopsis de son ouvrage, dont je ne dévoilerai pas la teneur tant que celui-ci n’aura pas encore été publié, je reste encore émerveillée les yeux grands ouverts par la pugnacité que lui, comme d’autres, savent encore placer dans leur dessein des plus nobles, jusqu’à ce que celui-ci devienne une de leurs principales raisons de se lever le matin. J’ai connu ce frisson quelques années, dans l’espoir de faire corriger par le Droit une politique européenne de mauvais augure ou, du moins, en espérant voir d’autres que moi continuer à tirer le fil d’Ariane, ce qui a été le cas. Mais, jamais, je n’aurais su courir un tel marathon.

On peut parfois entendre une petite voix chuchoter à notre oreille « si j’aurais su, j’aurais pas venu » car, même fort d’un projet de recherches passionnant, structurant et structuré, nul ne saurait deviner par avance combien le chemin à monter promet d’être long et parfois très escarpé. Et, comme la plupart de ceux qui s’élancent durablement dans un travail de recherche, d’analyse et de synthèse n’entendent surtout pas faire les choses à moitié, autant concéder que le toc du perfectionnisme s’attrape rapidement. De quoi peser sur son entourage, quand celui-ci n’est pas pris à témoin dans la lecture à haute voix d’un premier jet … au risque, parfois, de subir de plein fouet la vive déception de l’auteur à l’écoute de l’appréciation.

Le soutien de l’entourage de celui qui cherche, recherche et vérifie, avant de faire partager à des spécialistes ou au plus grand nombre, reste des plus précieux. On ne souligne jamais assez cette évidence, ni avant ni après que le challenger ait passé la ligne d’arrivée. Si ce passage contribue à faire progresser une carrière, l’entourage se montre patient. Si la carrière de Madame ou de Monsieur Tournesol est déjà faite, les proches restent proches parce qu’ils restent d’inconditionnels supporters. Une affaire d’amour, une affaire de tendresse ou d’amitié pour celle ou pour celui dont l’élan de générosité à faire partager sa passion n’aura pas échappé.

Alors, à tous ceux qui projettent de profiter de cet été pour « mettre les voiles » avec leur logique et leur plume pour tout bagage, j’adresse mes pensées les plus positives, ainsi que nos plus vifs remerciements pour la générosité et le soin qu’ils mettront à l’ouvrage pour mieux nous le faire partager par la suite.

Un dernier mot : comptez sur moi pour vous en dire davantage – une fois l’ouvrage paru – sur le fruit des recherches du passionné dont il m’a été donné de lire quelques pages!

SOPHIE BELMONT, Docteur en Droit

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