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La politique, ce n’est pas la fée libérale, la fée socialiste, la fée communiste, la fée Mélenchon, la fée Marine, etc…

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Emmanuel Macron a été élu sur les ruines du vieux monde et la fin de l’illusion qu’il existait une fée libérale ou une fée socialiste pour améliorer le sort des Français.

L’alternance gauche-droite, depuis 40 ans, s’est déroulée sous le règne des fées et l’illusion d’un compromis social-libéral, avec, par exemple Emmanuel Macron, ou l’illusion du compromis libéral-social avec, par exemple, un Jacques Chirac. Très vite, les Français avaient chassé du royaume la fée communiste, acceptant que s’invitent d’autres fées radicales, la fée FN à partir des années 1980 et la fée Jean-Luc Mélenchon depuis la dernière présidentielle.

Le mouvement des « Gilets jaunes » marque la fin du royaume des fées en politique.

Emmanuel Macron est victime à son tour du syndrome des fées. Certes, il s’affirme de gauche et de droite en même temps, mais sa fée est celle de la technocratie, sa pratique reste celle des réponses que produit une technocratie formée, comme dans l’ancien monde, à l’ENA avec des réponses clefs en main comme le « chèque énergie » ou la « prime à la conversion », alors que les Français attendent le « chèque frigo plein ». Les revendications ne sont pas triviales, elles s’inscrivent dans une demande plus forte, celle du droit à vivre décemment de son travail, de sa retraite, celle du droit à la dignité. Là encore, il nous faut écouter le Général de Gaulle qui parlait de la fin de la Seconde Guerre mondiale : « Si complète que puisse être un jour la victoire des armées, (…) rien n’empêchera la menace de renaître plus redoutable que jamais, rien ne garantira la paix, (…) si le parti de la libération, au milieu de l’évolution imposée aux sociétés par le progrès mécanique moderne, ne parvient pas à construire un ordre tel que la liberté, la sécurité, la dignité de chacun y soient exaltées et garanties ». La politique sociale n’était pas chez le Général de Gaulle une pièce rapportée, plaquée artificiellement sur une manière de gouverner qui privilégierait uniquement la transformation du pays, oubliant les Français.

Ce qui a surpris dans les interventions d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe, c’est cet enfermement dans la question de la transition écologique et du maintien de la taxe carbone. Or, la révolte contre l’augmentation des taxes sur les carburants est le révélateur d’un mal plus profond, déjà décrit par Jacques Chirac, lorsqu’il avait fait campagne, pour la présidentielle de 1995, sur le thème de la « fracture sociale ». Jacques Chirac affirmait déjà : « La France fut longtemps considérée comme un modèle de mobilité sociale. Certes, tout n’y était pas parfait. Mais elle connaissait un mouvement continu qui allait dans le bon sens. Or, la sécurité économique et la certitude du lendemain sont désormais des privilèges. La jeunesse française exprime son désarroi. Une fracture sociale se creuse dont l’ensemble de la nation supporte la charge. La machine France ne fonctionne plus. Elle ne fonctionne plus pour tous les Français. » Le philosophe Marcel Gauchet qui, le premier, avait parlé de « fracture sociale », écrivait : « Un mur s’est dressé entre les élites et les populations, entre une France officielle, avouable, qui se pique de ses nobles sentiments, et un pays des marges, renvoyé dans l’ignoble, qui puise dans le déni opposé à ses difficultés d’existence l’aliment de sa rancœur. »

Le gouvernement aurait tort de sous-estimer le mouvement des « Gilets jaunes », un mouvement qui, dans sa majorité, reste apolitique, refusant toute récupération par les partis traditionnels. Nous sommes véritablement entrés dans un nouveau monde, non pas parce qu’Emmanuel Macron incarnerait une manière de gouverner nouvelle, mais parce qu’il existe désormais des formes nouvelles de protestation qui échappent à l’analyse politique traditionnelle.

Marc FRAYSSE

Ancien Député

Président de France Unie

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