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LE RETARD DE L’AFRIQUE DANS L’UTILISATION DES « BIG DATA » EST-IL INELUCTABLE ?

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L’EXEMPLE DE LA SOCIETE SPALLIAN AU SENEGAL

            Les Data sont des données numériques, le Big Data désigne des « grosses données », ou mégadonnées, c’est-à-dire des quantités de données si volumineuses qu’elles dépassent les capacités humaines d’analyse, mais aussi celles des outils informatiques classiques de gestion de l’information. Ce sont donc des sociétés spécialisées qui se chargent de la recherche, la capture, le stockage, l’analyse et la visualisation des données numériques massives. Dans tous les domaines, les Big Data révolutionnent les processus de prise de décision : entreprises, institutions, Etats et gouvernements, accompagnés dans la prise de décision par les analyses prédictives qu’offre cette technologie, sont en capacité de faire les bons choix. Dans le domaine politique, l’élection de Trump n’a été prévue ni par politologues, les experts, les rédactions ou les sondages, mais par des machines capables de gérer des mégadonnées et de prévoir ainsi les mouvements de fond de l’opinion.

            Le retard de l’Afrique

          Le journaliste et Community Manager, Mehdi Lahdidi, écrit, en avril 2017, sur le site d’information La Tribune Afrique : «  Alors que dans le reste du monde, les gouvernements et les multinationales ne peuvent plus se permettre d’opérer ou de prendre des décisions sans tableaux de bord alimentés par une data de bonne qualité, en Afrique, l’adoption attendra encore quelques années. » Mehdi Lahdidi met ainsi l’accent sur le retard de l’Afrique dans l’exploitation des données numériques. Les pays africains s’avèrent incapables de relever trois défis :

1) le nettoyage des données « d’ancienne génération », c’est-à-dire les données numériques collectées par les moyens traditionnels tels que les sondages et les études de marché

2) la migration vers les technologies génératrices de Data, en évitant le blocage de flux de données

3) la collecte, la capture, l’analyse et l’interprétation de « mégadonnées », ce qui suppose des sociétés locales technologiquement et financièrement en capacité de générer le business des « Big Data ».Jusqu’à présent, seule l’Afrique du Sud, qui dispose des compétences nécessaires dans ce domaine, semblait avoir compris l’intérêt de s’appuyer sur l’analyse et l’interprétation des « Big Data ». Mais, récemment, un autre pays s’est intéressé au « Big Data » dans le cadre d’une campagne présidentielle : le Sénégal, le président Macky Sall voyant dans l’utilisation des « mégadonnées » un atout stratégique indispensable pour sa réélection.

            L’arrivée de Spallian, une société française, en Afrique

            La Lettre du Continent du 15 mai 2019 a consacré un article  à l’arrivée de Spallian en Afrique, via le Sénégal, ce qui est un signe : « Spallian, arme data de Macky Sall prospecte ». Créée et dirigée par Renaud Prouveur, Spallian « a fait ses preuves en accompagnant Macky Sall dans sa dernière campagne présidentielle, lui conseillant, après avoir travaillé en amont sur les « Big Data », « d’appuyer davantage sa campagne sur les “jeunes urbains sénégalais” ». Lors de la campagne de Macky Sall, les analyses de Spallian se sont révélées pertinentes dans de nombreux domaines. Aujourd’hui, selon La Lettre du Continent, « plusieurs gouvernements africains ont sollicité l’entreprise en vue de futures échéances électorales », afin d’orienter les stratégies électorales en étant au plus près des besoins des populations. Mais, Spallian intervient aussi pour faciliter la prise de décision dans l’orientation des politiques publiques, le choix des investissements des entreprises, la fabrique des villes et des territoires du futur. Au-delà des périodes électorales, fort de son expérience et de ses références en France, Spallian cherche à s’implanter durablement en Afrique, afin de faire des « Big Data » un vecteur de croissance du continent.         

         Le véritable retard : la maîtrise des compétences

         Julien Cangelosi, qui dirige la société YesWeCange, installée à Abidjan et spécialisée dans l’économie numérique, considère que le retard technologique n’est pas le véritable problème. Les grandes entreprises et les Start-Up africaines sont en capacité de développer et gérer le « Big Data ».  Selon Julien Cangelosi, « le véritable retard est celui de la maîtrise des compétences, car la formation dans la gestion des systèmes de grandes données reste insuffisante en quantité et en qualité. Il peut y avoir une volonté politique, un esprit entrepreneurial et les investissements nécessaires, tout cela n’est pas suffisant, si la formation n’est pas à la hauteur. » La société Spallian est prête à accompagner une politique de formation qui permet d’aller vers une maîtrise des compétences en contribuant au financement d’une chaire d’enseignement dans une université africaine.

            L’exploitation des « Big Data » est,  pour un gouvernement, des présidents de régions ou d’agglomérations et des maires, un outil stratégique qui constitue une aide à la décision, quel que soit le domaine, en s’appuyant sur des données fiables en quantité et en qualité.

Christian Gambotti

Président du think tank

Afrique & Partage

Directeur de la Collection

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