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LES NOUVELLES FRONTIERES DE LA LUTTE DES CLASSES : LE PEUPLE CONTRE LES ELITES

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La disparition du vieux clivage gauche/droite ?

L’ « ancien monde », puisqu’il faut parler ainsi, était marqué par l’affrontement entre la gauche et la droite avec des choix idéologiques manichéens. Le PCF domine la gauche. Il fait partie des gouvernements français entre 1944 et 1947. Aux élections constituantes de 1945, le PCF fait une percée en obtenant 26,2 % des suffrages et 159 députés, devenant le premier parti de France.  En 1969, Jacques Duclos obtient 21,27 % des voix à l’élection présidentielle et arrive en3è position. Le déclin du PCF va s’accélérer à partir des années 1981 : 1er tour de la présidentielle de 1995, Robert Hue obtient 8,7% des voix ; en 2002, 3,37 % des voix ; Marie-George Buffet obtiendra 1,93 des voix en 2007. Le Parti socialiste va alors dominer la gauche De 1981 à 2017, vont se succéder des présidents de gauche et de droite et, à l’assemblée nationale, des majorités de gauche et de droite. L’imaginaire politique est toujours imbibé de l’idée de lutte des classes au sens marxiste du terme. Personne ne voit que, dans l’esprit des Français, ce vieux clivage s’estompe. Quelle différence existe-t-il entre un libéralisme social chiraquien et un socialisme libéral mitterrandien ? Le vieux monde politique s’essouffle. Le vieux clivage gauche/droite va renaître, provisoirement, avec Sarkozy et Hollande. Là encore, la réalité profonde du pays et des antagonismes sociaux est d’une autre nature. Cette réalité avait pourtant était formulée, dès 1995, avec le thème de la « fracture sociale » porté par Jacques Chirac.

Le peuple contre les élites

Ni Marx, ni Trotsky, ni Mao, mais le géographe Christophe Guilluy, qui, à travers 3 livres lumineux, donne au débat politique un éclairage nouveau que la classe politique traditionnelle et les vieux partis de gouvernement ne comprennent pas réellement. Ces 3 livres sont : en 2010, « Fractures françaises » ; en 2014, « La France périphérique » ; en 2016, « Le Crépuscule de la France d’en Haut ». Guilluy décrit avec précision la rupture du lien entre les élites et la peuple, entre la France d’en haut et la France périphérique. Il publie, en 2018, « No Society », qui analyse le phénomène de disparition de la classe moyenne occidentale. La mondialisation a changé de nature, elle s’est « thatchérisée ». En octobre 1987, Margaret Thatcher théorise le nouveau monde avec cette formule : «There is no society », la société, ça n’existe pas. Les symptômes de ce monde nouveau sont la crise du politique, l’atomisation de la société, la montée du communautarisme et des populistes. Cela se traduit électoralement par le Brexit britannique, l’élection de Trump, l’arrivée des partis populistes au pouvoir partout sur la planète, les « Gilets jaunes » en France.

Ce que Macron a compris, ce qu’il n’a pas compris

Macron a parfaitement compris l’effondrement du vieux monde politique, ce qui lui a permis d’être élu. Il n’a pas compris cette fracture entre les élites et le peuple. En cela, il reste un « héritier » de Minc et d’Attali, les porte-parole de la « mondialisation heureuse ».

Il est temps pour Macron de relire de Gaulle, en particulier le Discours d’Oxford du 25 novembre 1941. En pleine guerre mondiale, de Gaulle parle déjà de l’après-guerre. Si les Alliés se contentent d’une victoire militaire et ne s’efforcent pas de « construire un ordre tel que la liberté, la sécurité, la dignité de chacun y soient exaltées et garanties », ils s’exposent à se retrouver, dans un avenir plus ou moins proche, face aux mêmes menaces.

            En pleine crise des « Gilet jaunes », le mardi 27 novembre, Macron prend la parole pour faire un cours sur l’écologie.

Ahurissant ! Il n’a toujours pas compris cette fracture entre le peuple et les élites.

                                                                                                          Marc FRAYSSE

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