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L’INTERÊT CROISSANT POUR L’AFRIQUE : L’EXEMPLE DU JAPON ET DE L’ALLEMAGNE, LE RECUL DE LA FRANCE

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Si l’Afrique suscite aujourd’hui toutes les convoitises et si la planète entière se retrouve dans la salle d’attente des Chefs d’Etats africains, tous les pays sont, actuellement, en concurrence : dans le bloc asiatique, le Japon est distancé par la Chine dans la conquête du continent africain ; au sein de l’Union Européenne, l’Allemagne, en Afrique francophone, détrône la France. L’Afrique, adossée à ses immenses richesses, a cessé d’être le « pré-carré » des anciennes puissances coloniales et elle peut désormais choisir entre les partenaires qui souhaitent l’accompagner dans son développement. Quant aux pays qui s’intéressent à l’Afrique, ils sont obligés d’être à l’offensive ou en phase de reconquête.

Le Japon à l’offensive en Afrique
Les chiffres sont clairs : le Japon est distancé par la Chine en Afrique. Les échanges commerciaux entre le Japon et l’Afrique s’élevaient, en 2015, à 24 milliards de dollars, contre 179 milliards de dollars pour la Chine ; 10 000 entreprises chinoises sont aujourd’hui présentes en Afrique contre seulement 440 entreprises japonaises. Jusque dans les années 1980, lorsque les coûts de son industrie étaient compétitifs, le Japon a été très actif en Afrique sur le plan économique. Selon Masafumi Sugano, directeur Afrique au Ministère de l’économie (METI) : « Le Japon reste actif en Afrique, mais principalement via ses programmes d’aide ».
Si le Premier ministre japonais Shinzo Abe s’est rendu en Afrique, du 9 au 12 janvier 2014, accompagné de 34 patrons des plus grands groupes japonais, c’est pour se lancer dans une reconquête économique du continent africain. L’objectif du déplacement de Shinzo Abe est avant tout économique avec l’ambition de redresser la part du continent, tombée à seulement 1,8% en 2012, dans les échanges commerciaux du Japon. En 2016, à l’ouverture de la sixième Conférence internationale de Tokyo pour le développement de l’Afrique (Ticad) qui s’est tenue à Nairobi, au Kenya, Shinzo Abe a promis d’investir près de 30 milliards d’euros sur les trois prochaines années, montrant ainsi que le Japon a confiance dans l’avenir
de l’Afrique. En 2019, le Japon s’apprête à lancer, le 9 mai, une solution d’assurance-crédit couvrant à 100% les exportations et les prêts liés aux infrastructures en Afrique. Le Japon est donc à l’offensive pour tenter de rattraper son retard sur la Chine. Mais, les chiffres cités au début de ma Chronique, – montant des échanges commerciaux, en 2015, entre le Japon et
l’Afrique, 24 milliards de dollars ; entre la Chine et le continent africain, 179 milliards -, montrent que le Japon est encore loin de pouvoir rattraper son retard sur la Chine.

En Afrique francophone, Berlin détrône Paris (1)
Les clichés ont la vie dure, les activistes, qui construisent une Histoire très hystérisée, continuent de dénoncer une FrançAfrique qui n’existe plus et de voir dans l’Afrique francophone le « pré-carré » de l’ancienne puissance coloniale. Or, l’Allemagne est devenue le premier fournisseur européen en Afrique. Selon l’Institut Immar (2), La France est devancée par l’Allemagne au Maghreb (70 % contre 82 %), en Afrique centrale (44 % contre 75 %), en Afrique de l’Ouest (44 ù contre 52 %). L’intérêt croissant de l’Allemagne pour l’Afrique s’est traduit par une politique volontariste, inscrite dans une approche globale lancée en 2017 sous le nom de « Compact with Africa », ce qui a permis à l’Allemagne de dépasser la France comme premier fournisseur européen en Afrique. Fait nouveau : alors que l’Allemagne concentrait ses investissements sur trois pays (l’Afrique du Sud, le Nigéria et l’Algérie), elle est très présente aujourd’hui dans d’autres pays africains qui se Caractérisent par leur stabilité politique et leur croissance économique (Ghana, Côte d’Ivoire, Sénégal).

L’intérêt de l’Allemagne pour le continent africain est d’abord un intérêt économique, car « le développement de l’Afrique représente, selon Angela Merkel, le grand enjeu de notre époque » ; mais, l’Allemagne, qui a accueilli près d’1 million de migrants, sait que « la lutte contre les causes de L’immigration » passe par le développement économique du continent
africain, un continent dans lequel la croissance économique est très en retard sur la croissance démographique.
Aujourd’hui, pour les jeunes leaders d’opinion de huit pays d’Afrique francophone, les pays qui bénéficient de la meilleure image sont, dans l’ordre : 1) L’Allemagne (45 %) 2) La Chine (37 %) 3) Les Etats-Unis (34 %) 4) Le Japon (34 %) 5) la France (27 %). Or, ces jeunes leaders d’opinion font l’Afrique de demain.
La volonté politique affichée par Emmanuel Macron, afin de tisser de nouveaux liens avec l’Afrique, suffira-t-elle pour endiguer ce recul de la France sur le continent africain ? La réponse est « oui » pour Diane Binder, membre du Conseil Présidentiel pour l’Afrique (CPA), installé par Macron, car, selon elle, « l’entrepreneuriat est au cœur des missions du Conseil présidentiel pour l’Afrique ». Pour Patrice Fonlladosa, Président du MEDEF Afrique, les entreprises françaises, de toutes tailles et de tous secteurs, sont prêtes à suivre.

Christian Gambotti
Président du think tank

Afrique & Partage
Directeur de la Collection
L’Afrique en Marche

(1) Source : articles du Monde, vendredi 8 février 2019, page 8
(2) Institut Immar : Institut français spécialisé dans les études médias et marketing en Afrique subsaharienne et en Afrique du Nord.

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