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PETIT GUIDE A L’USAGE DES ENTREPRISES QUI VEULENT INVESTIR EN AFRIQUE : Bonnes et mauvaises nouvelles à connaître

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Aujourd’hui encore, pour de nombreux Européens, l’Afrique, qui reste méconnue, est encore une abstraction. Trois remarques :

1) l’Afrique est une réalité qui pèse plus que l’Union Européenne, excepté économiquement. L’Union Européenne comprend 27 pays, l’Afrique 54, dont 48 en Afrique subsaharienne. La population de l’Union Européenne est de 500 millions d’habitants, celle de l’Afrique, plus d’un milliard et elle dépassera les deux milliards en 2050.

2) Sur les dix pays qui connaissent la croissance la plus rapide au monde, sept sont africains : le Burkina, la Côte d’Ivoire, l’Ethiopie, le Libéria, le Niger, le Rwanda et la Sierra Leone.

3) Il n’existe pas une Afrique, mais des Afriques.

En revanche, ce qui ne trompe pas, c’est que, sur l’Afrique, nous sommes passés d’un afro-pessimisme qui a suivi les années des indépendances politiques à un afro-optimisme béat qui décrit le continent africain comme un nouvel Eldorado pour les investisseurs et le vecteur de la croissance mondiale. Comment s’y retrouver ? De façon un peu simpliste, j’ai voulu dresser la liste des bonnes et des mauvaises nouvelles venues d’Afrique.

 

Bonnes nouvelles de L’Afrique aujourd’hui

Le « storytelling », qui fait de l’Afrique le vecteur de la croissance mondiale s’appuie sur des réalités tangibles, mesurables, se construit sur la liste des bonnes nouvelles qui permettent de dire que le continent présente tous les signes d’une transformation positive. Ces bonnes nouvelles sont :

  • des besoins considérables dans tous les domaines qui engendrent une croissance forte, rapide et durable (5 % en moyenne sur tout le continent ces 5 dernières années, une croissance à deux chiffres dans certains pays) ;
  • l’abondance des ressources naturelles qui semblent inépuisables ;
  • des terres agricoles encore sous-exploitées ;
  • un « boum » démographique, le plus fulgurant que l’on ait connu dans l’histoire de l’humanité avec une population jeune ;
  • une classe moyenne qui se développe, avide de consommation ;
  • des générations nouvelles de mieux en mieux formées, avides de démocratie ;
  • des pays autrefois condamnés et que l’on voit renaître (Ethiopie) ;
  • une indépendance économique qui s’affirme et qui succède à l’indépendance politique des années 1960, nécessaire en son temps, mais insuffisante ;
  • l’application qui tend à se généraliser des principes de bonne gouvernance ;
  • des progrès démocratiques ;
  • une lutte engagée contre la corruption ;
  • une Afrique et des nouvelles générations désormais connectées au reste du monde.

            Conclusion partielle : le temps de l’Afrique est arrivé. Les bonnes nouvelles se multiplient, confirmant que l’Afrique est en passe de devenir un grand continent émergent. L’Afrique possède aujourd’hui tous les atouts de l’émergence, elle n’en avait aucun au lendemain des indépendances politiques.

 

            Mauvaises nouvelles de l’Afrique aujourd’hui

            Les obstacles au développement économique et au progrès social restent nombreux

  • réalité, il n’existe pas une, mais des Afrique, c’est-à-dire autant de situations que de pays. Cette identité plurielle multiplie les risques ;
  • si tous les pays d’Afrique noire connaissent un véritable développement, le PIB par habitant, malgré des progrès notables, reste encore faible, y compris dans les pays à très forte croissance ;
  • l’Afrique connaît encore un contexte politique difficile avec une instabilité politique qui, dans de nombreux pays, retarde le développement économique et le processus de démocratisation (de nombreux Etats sont engagés dans un hypothétique « dialogue national » : Gabon, RDC, Mali, Congo-Brazzaville, etc.) ;
  • les logiques de guerre existent toujours : guerres de libération, conflits ethniques, guerres d’une économie criminelle. Les guerres internes s’expliquent souvent par la volonté de contrôler les ressources naturelles : Angola (pétrole, diamants), Congo-Brazzaville (pétrole), République démocratique du Congo (cuivre, coltan, diamant, or, cobalt), Libéria (bois, diamant, fer, huile de palme, cacao, café, cannabis, caoutchouc, or), Sierra Leone (diamant), Soudan (pétrole) ;
  • les menaces extérieures sont une réalité : Daesh, qui recule en Syrie et en Irak, a fait de l’Afrique son nouvel objectif ;
  • les Etats faillis sont nombreux : des pans entiers de leur économie sont sinistrés ;
  • la faiblesse des Etats incapables d’assumer leurs fonctions régaliennes par manque de moyens ;
  • une administration pléthorique, bureaucratique, frein au développement économique ;
  • les difficultés pour créer des emplois, nourrir, soigner, éduquer, loger les populations ;
  • l’absence d’industries de transformation des matières premières, afin de créer de la valeur ajoutée ;
  • les intérêts divergents des Etats qui veulent s’affirmer comme puissances sous régionales, retardant ainsi l’intégration régionale et continentale ;
  • les brusques retours en arrière liées à la manière irrationnelle de faire de la politique ;
  • les risques sociaux ;
  • la corruption.

            Conclusion partielle : l’Afrique reste un continent instable avec des menaces réelles (instabilité politique, corruption, menace terroriste) et d’immenses poches de pauvreté.

 

            L’Afrique : une réalité complexe

            L’Afrique est une réalité complexe : il n’existe pas une Afrique mais des Afriques (54 Etats = 54 situations différents, politiques, économiques, sociales, culturelles, géostratégiques). Le continent africain apparaît aujourd’hui comme l’un des vecteurs de la croissance mondiale (richesses naturelles abondantes, besoins énormes). On est passé d’une indépendance politique sous tutelle des grandes puissances (les années 1960) à une indépendance économique possible, de nombreux pays disposant des leviers de leur propre développement (volonté politique, richesses naturelles, leviers financiers, capital humain). Mais, si l’Afrique n’apparaît plus comme un immense chaos, elle reste un continent instable. Elle est en proie à des conflits divers, confrontée à de nouveaux défis sécuritaires, alimentaires, sanitaires et climatiques, marquée par des tentations autoritaires, encore sous la dépendance des bailleurs de fonds. Son développement reste fragile. La croissance, qui est forte et régulière (plus de 5 % ces dernières années), ne profite pas à tous, elle est encore loin d’être inclusive. D’énormes poches de pauvreté subsistent. Des pans entiers de l’économie sont sinistrés. Des Etats qui ont fonctionné sur des économies de la rente (pétrole) deviennent des Etats faillis (Gabon, Congo-Brazza). Les Etats, trop faibles face aux nouveaux investisseurs que sont la Chine ou les Etats-Unis, le Brésil ou le Japon, se laissent déposséder de leurs matières premières et de leurs terres agricoles (l’Afrique possède 60 % des terres cultivables dans le monde).

Seules, une volonté politique et une révolution culturelle permettront de changer l’Afrique. Ce changement est en train de s’opérer. Il est porté par des femmes et des hommes politiques, par des femmes et des hommes engagés dans un immense élan entrepreneurial, par des populations avides de démocratie et de consommation, par la jeunesse, par la société civile, etc.

L’Afrique n’est plus un monde ancien qui regarde passer l’Histoire

            Après un premier livre qui a permis de prendre conscience de la transformation de l’Afrique, Michel Severino, l’ancien patron de l’AFD,  vient de publier, toujours chez Odile Jacob, un livre écrit en collaboration avec Jérémy Hajdenberg : Entreprenante Afrique. Ce livre met l’accent sur les PME « qui sont en train d’écrire l’histoire économique et sociale d’une nouvelle Afrique ». C’est en effet dans la construction d’un réseau dense de PME, innovantes et réactives, afin de créer, à travers une industrie de transformation, de la valeur ajoutée et des emplois, que l’Afrique parviendra à consolider son développement.

On peut lire sur le site www.entreprenanteafrique.com : «  En 2050, le PIB du continent africain pourrait se rapprocher de celui de l’Union Européenne, tandis que sa population comptera deux milliards d’habitants. Au cœur de cette expansion, des femmes et des hommes à la tête de PME qui sont en train d’écrire l’histoire économique et sociale d’une nouvelle Afrique. Ce livre nous invite à les découvrir : qui sont-ils, ces entrepreneurs africains et quelles sont leurs motivations ? Dans quels secteurs se développent-ils tout particulièrement ? En quoi innovent-ils et comment cela les conduit-il à remodeler le continent africain ?

            De l’agro-alimentaire à la téléphonie, du bâtiment à la santé en passant par le tourisme et l’énergie, une autre économie africaine se dessine. Sans nier ses fragilités ni une pauvreté encore endémique, Jean-Michel Severino et Jérémy Hajdenberg nous montrent qu’elle se construit sur un cercle vertueux, où les handicaps deviennent des opportunités, où ceux qui offrent de nouveaux services en sont aussi les consommateurs. Forte de son nouveau marché intérieur, cette Afrique-là porte de plus en plus les espoirs de la croissance mondiale. »

L’Institut Choiseul, à travers ses Choiseul Africa Summits, propose, chaque année, un classement qui fait autorité des 100 acteurs de l’économie africaine, des femmes et des hommes qui ont moins de 40 ans et qui, en bâtissant l’économie d’aujourd’hui, construisent l’Afrique de demain. Il faut noter aussi le nombre de plus en plus important de femmes présents dans l’économie africaine et qui, comme Janine Diagou en Côte d’Ivoire ou Patricia Nzolantima en RDC, militent, depuis les postes importants qu’elles occupent, pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes dans la société et dans l’entreprise. Leur combat n’est pas uniquement juridique, il est aussi tourné vers la transformation des mentalités. Jean-Michel Severino, lorsqu’il analyse la transformation de l’Afrique, parle bien « des femmes et des hommes à la tête de PME qui sont en train d’écrire l’histoire économique et sociale d’une nouvelle Afrique. » Partout, se multiplient les forums qui montrent que l’Afrique bouge, évolue, se transforme et qu’elle se construit, dans de nombreux pays, sur un cercle de plus en plus vertueux auquel participent les femmes.

Un pays autrefois sinistré comme le Rwanda, près de 25 après le génocide de 1994, connaît un véritable boom économique et démographique. L’Ethiopie fait partie des 10 pays qui, dans le monde, connaissent une forte croissance. Mais, en économie, les prévisions, surtout les plus optimistes, restent par définition incertaines. Instabilité politique, guerres prédatrices gestion inadéquate des ressources naturelles, systèmes éducatifs fragiles, corruption, peuvent compromettre la croissance africaine. L’optimisme dont il est question aujourd’hui, à propos de l’Afrique, ne doit jamais être un optimisme béat. L’Afrique n’est pas un Eldorado pour des investisseurs qui voudraient faire des « coups » et s’enrichir rapidement.

Le défi pour l’Afrique est de consolider son appartenance à ce vaste mouvement d’émergence qui caractérise le monde nouveau qui surgit devant nous. L’évolution de l’Afrique participe à la transformation du monde, car elle est devenue un partenaire économique, mais aussi politique et stratégique, crédible, désormais incontournable.

AFRIQUE

Christian Gambotti

Agrégé de l’Université, Professeur-associé au CIREJ (Centre Ivoirien de Recherche et d’Etudes juridiques), Christian Gambotti préside le think tank Afrique & Partage. Il est le Directeur général de la société Easy Concept For You, spécialisée dans l’accompagnement de projets innovants en Afrique. Il et dirige la collection L’Afrique en marche. Il est aussi le Conseiller spécial du Président de l’Institut Choiseul, en charge de l’Afrique.

Chroniqueur pour des journaux et magazines (L’Intelligent d’Abidjan, Afriki Presse, Blamo’O), et des sites d’information (Afriki, Pôle Afrique.infos, Parlements & Territoires), il publie de nombreux articles sur l’Afrique.

A travers Totem Communication, il accompagne et conseille de nombreux hommes politiques et des acteurs de l’économie. En partenariat avec la société YesWeCange, il est le concepteur et l’organisateur de l’événement Africa First.

Il publie en septembre 2018 deux livres sur l’Afrique : « L’Afrique aujourd’hui – au-delà des clichés », « Chroniques africaines du Lundi » (Editions Maïa).

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