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Pour Christine Lagarde, patronne du FMI : « Les élites n’ont pas conscience de ce qui se passe »

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Décryptage de l’entretien réalisé par Nicolas Guerbe pour « Les Echos »

 

La Chute du Mur de Berlin, qui marque la fin du monde communiste et le début di triomphe des idées libérales avec l‘émergence, aux Etats-Unis, de Reagan, et en Angleterre de Thatcher. Les think tank américains vont mener une guerre des idées qui finira  par la victoire d’un libéralisme mondialisé. Deux textes symbolisent cette période d’euphorie libérale et démocratique : l’article de Francis Fukuyama, La Fin de l’Histoire, publié en 1989, et le livre d’alain Minc, La mondialisation heureuse, paru en 1999. Ces deux publications professent des idées libérales. Francis Fukuyama est loin d’affirmer que nous assistons à la fin de l’Histoire. Il dit précisément  que la progression de l’Histoire n’est plus dictée par une guerre des idéologies, mais qu’elle prend la forme d’un consensus sur la démocratie et l’économie libérale. Pour Francis Fukuyama, avec la fin de la Guerre froide, les sociétés n’ont plus qu’un seul objectif : le propre perfectionnement  démocratique. Alain Minc, avec le concept de « mondialisation heureuse », oppose le vieux monde et la modernité. Le sous-titre de son livre en édition de poche est révélateur d’un état d’esprit qui est celui des élites de l’époque : « La France sera-t-elle le mauvais élève de la modernité ? »

Dans son entretien, Christine Lagarde dénonce les effets pervers d’une mondialisation qui est loin d’être « heureuse », tout en dénonçant aussi les risques d’un retour au protectionnisme économique : « Il va falloir trouver les moyens de réinsérer les identités, les cultures et les langues dans une économie mondiale mieux ouverte. Retourner aux vielles frontières commerciales serait terriblement dangereux. Il faut réinventer une autre mondialisation, un nouveau multilatéralisme. »

Là où Christine Lagarde se trompe, c’est lorsqu’elle dit que les risques ne sont pas économiques, même s’il faut surveiller cette économie mondialisée, mais politiques : « [le risque] est incontestablement politique. La situation économique conjoncturelle n’est pas alarmante en l’état, même s’il faut la surveiller de près et même s’il y a des inquiétudes structurelles fortes, par exemple sur le niveau d’endettement. En revanche, je suis profondément préoccupée par l’évolution politique du monde qui peut entraîner de lourdes conséquences économiques. »

Le risque est d’abord économique avec, dans tous les pays, y compris en Allemagne, le déclassement des classes moyennes et une aggravation des inégalités. L’effet politique est le suivant : la montée des populismes, l’arrivée au pouvoir de partis extrémistes et une révolte contre les élites et les partis politiques qui ont été incapables de répondre aux aspirations des populations. Vient s’ajouter le choc migratoire.

Là où Christine Lagarde a raison, c’est que « la réalité et l’épreuve du pouvoir arrondissent les angles. Le message des marchés produira ses effets. » C’est le cas en Grèce, en Italie. Les Italiens ne veulent pas quitter la zone euro.  Même les partis populistes dépendent du pouvoir des marchés financiers pour assurer leur survie.

Christine Lagarde énumère, à la fin de son entretien, la liste connue des réformes libérales qu’il faut poursuivre, approfondir, afin de libérer l’initiative privée et « booster » la croissance. Est-ce le message que veulent entendre les peuples ?

Lors des élections européennes de 2019, ils voudront entendre parler d’une Europe qui protège dans tous les domaines, y compris celui du pouvoir d’achat.

 

Christian Gambotti

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