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République Démocratique du Congo : Martin Fayulu désigné candidat unique de l’opposition à la présidentielle du 23 décembre 2018

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Pour l’élection présidentielle qui se déroulera le 23 décembre en RDC, Martin Fayulu, à l’issue de trois jours de négociation, a été officiellement désigné candidat unique de l’opposition par sept des principaux chefs de l’opposition, Les favoris étaient Félix Tshisekedi de l’UDPS et Vital Kamerhe de l’UNC. Moins connu que  Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, Martin Fayulu incarne, pour la jeunesse congolaise, une opposition qui n’a jamais fait la moindre concession au pouvoir en place. Toujours au premier rang dans les grandes manifestations de rue, il avait été sérieuse blessé le 19 septembre 2016, atteint à la tête par une balle en caoutchouc. Un peu plus tard, lorsque je l’ai rencontré à Paris, avec mon ami Jacques Henriquet, il m’avait expliqué qu’il avait eu beaucoup de chance de n’être que blessé, alors que ce jour-là, il y avait eu de nombreux morts. Mais, Martin Fayulu n’est pas homme à renoncer : chacun lui reconnaît son courage, une ligne politique constante et le fait qu’il n’ait jamais trahi. On peut dire que Martin Fayulu incarne mieux que d’autres une manière différente de faire de la politique.

Lors de notre entretien à Paris, il s’étonnait que son pays, qui possède toutes les richesses, une population, avide de liberté et de démocratie, prête à accompagner la transformation de l’économie, une jeunesse dynamique, ne soit pas sur le chemin de la prospérité. Selon Martin Fayulu, le pays possède tous les atouts pour aller rapidement vers l’émergence.

Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe ont sûrement un poids politique plus important, mais ils n’ont pas la capacité de rassembler aussi largement que peut le faire Martin Fayulu, qui n’est pas prisonnier d’une base ultra partisane.  En acceptant de se rassembler derrière Martin Fayulu, l’opposition, pour la première fois, arrivera unie à une élection au Congo.

Martin Fayulu, lors de notre entretien, n’avait pas voulu s’attarder sur l’ère Kabila, les circonstances ont fait l’histoire politique du Congo, sa préoccupation était double : d’abord, aller vers une élection présidentielle crédible, transparente ; ensuite, créer les conditions de la prospérité du pays et des populations. Il avait affirmé un idéal de paix, loin de tout sentiment de revanche politicienne. Rien n’est possible, m’avait-il dit, sans stabilité politique, sans un dialogue inclusif entre tous les acteurs politiques du pays, mais aussi avec la société civile et les mouvements citoyens dont il est très proche.

Peut-on parler de « candidature de combat » contre Kabila ? Certes, il lui faudra être vigilant sur le processus électoral, se méfier de ceux qui voudraient perpétuer l’ancien système en instrumentalisant la Commission électorale, refuser le « machine à voter », mais Martin Fayulu souhaite incarner aux yeux des Congolais et de l’Afrique, aux yeux du monde, « une candidature de progrès ».

Sa force de caractère, je la vois dans son refus d’être « un député illégitime ». Le mandat de l’Assemblée nationale ayant officiellement pris fin en décembre 2016, tout comme celui du président Kabila, Martin Fayulu avait expliqué à l’AFP qu’il avait quitté l’Assemblée pour « ne plus continuer à percevoir des émoluments après la fin du mandat ».

Martin Fayulu restera-t-il le candidat unique de l’opposition ? Le 12 novembre, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe ont annoncé le retrait de leur signature de l’accord de coalition conclu avec les cinq autres leaders de l’opposition. En se retirant de l’accord de coalition qu’ils avaient signé le  11 novembre, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe affirment vouloir respecter la demande de leurs bases. Pour eux, rester dans l’accord, c’est accepter de mettre fin à leur carrière politique. Les cinq autres signataires de l’ « Accord de coalition », dont l’ancien Premier ministre Adolphe Muzito et l’ancien ministre Freddy Matungulu, maintiennent leur soutien à Martin Fayulu.

Que penseront les électeurs congolais de l’attitude de Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe ? Il est évident que ce chemin pour arriver à l’élection présidentielle du 23 décembre est, pour Martin Fayulu, plein d’obstacles et de pièges.

Christian Gambotti

Editorialiste, politologue

 

  • Article publié conjointement par le quotidien “L’Intelligent d’Abidjan”, les sites Afrikipresse, Pole Afrique.info et la revue digitale “Parlements & Territoires”
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