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Le point sur le commerce extérieur et la balance commerciale : Retour sur un déclin français

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Par Eric Maulin/

Le commerce extérieur d’un pays désigne l’ensemble de ses échanges commerciaux, en importation et en exportation. Son principal indicateur est la balance commerciale, c’est-à dire la différence entre les montants des exportations et des importations. Il peut être positif ou négatif. Il a été constamment positif, en France, entre 1992 et 2002. Il est en déficit aggravé depuis 2003…

De 4,29 milliards d’euros de déficit en 2003, nous sommes passés à 33,96 M. en 2005, 52,76 M. en 2007, 67,4 M. en 2008, 64,2 M. en 2010, 74 M. en 2011, 67 m. en 2012. La question est de savoir s’il faut s’en inquiéter et, pour cela, il convient préalablement de préciser ce que mesure et ce que ne mesure pas la balance commerciale.

Qu’est-ce que la balance commerciale ?

La balance commerciale d’un pays est le compte qui retrace la valeur des biens exportés et la valeur des biens importés. Pour calculer la balance commerciale, la comptabilité nationale procède à l’évaluation des importations et des exportations de biens à partir des statistiques douanières de marchandises. Si la valeur des exportations dépasse celle des importations, on dit qu’il y a excédent commercial ou que la balance commerciale est excédentaire; si les importations sont supérieures aux exportations, le pays a un déficit commercial ou sa balance commerciale est déficitaire.
La balance commerciale est calculée chaque année depuis 1825 par les services des douanes. L’INSEE présente chaque mois un solde du commerce extérieur des marchandises de la France. C’est donc un indicateur précis de l’état des échanges commerciaux de la France avec le reste du monde. Cependant, ce n’est qu’un indicateur partiel. D’une part, en effet, seuls sont pris en compte les échanges de biens mais non pas de services, qui font l’objet d’un indicateur à part, la balance des services. D’autre part, la balance commerciale, excédentaire ou déficitaire, ne reflète pas nécessairement l’état de santé d’une économie nationale. Tout est fonction des causes de l’excédent ou du déficit, qui peuvent être conjoncturelles ou structurelles, et aussi de la durée de ce déficit. Le renchérissement soudain du prix de l’énergie peut provoquer un déficit conjoncturel de la balance commerciale. Une baisse importante de la demande intérieure peut, à l’inverse, provoquer une hausse tout aussi conjoncturelle de la balance commerciale.


Il est important de mettre en évidence la structure de la balance commerciale d’une économie afin d’évaluer son état de santé. La balance commerciale d’un Etat permet de mesurer le degré d’ouverture de son économie, la place qu’occupe l’économie mondiale dans l’économie nationale et, par conséquent, son interdépendance. La France a une économie largement ouverte sur l’extérieur puisque 30% de son PIB dépend de ses échanges commerciaux. On peut cependant affiner le critère pour établir des balances commerciales par secteurs de production, comme l’automobile, l’industrie alimentaire, l’industrie du luxe, etc.
On construit alors une image de l’économie nationale, ce qui permet de mettre en évidence les points forts (secteurs où le taux de couverture est élevé ou dont le solde commercial est important) et les points faibles d’une économie. Cette technique permet de mesurer la compétitivité d’une économie, c’est-à-dire la capacité d’un pays à faire face à la concurrence étrangère tant sur les marchés extérieurs que sur son marché intérieur. La part de marché est la principale mesure de la compétitivité.

La France n’est pas le seul Etat européen à connaître un déficit chronique de sa balance du commerce. L’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni connaissent des problèmes analogues et c’est plutôt l’Allemagne qui fait figure d’exception.

De nombreux facteurs affectent la mesure de la balance commerciale, comme les coûts de production, qui sont liés aux coûts salariaux mais aussi aux coûts des matières premières ou de l’énergie. Le taux de change a également une incidence importante sur la balance commerciale dans la mesure où il renchérit ou diminue le prix des exportations ou des importations. Structurellement, une première contrainte énergétique est apparue dans les années 70, avec l’aggravation de la facture pétrolière d’abord, énergétique de manière plus générale. Elle oblige à compenser un surcroît de coût dans l’importation d’énergie par un surcroît de gain dans l’exportation de biens et de services. Cette contrainte énergétique a obligé de nombreux pays, dont la France, à ouvrir leur économie vers l’extérieur et être par conséquent plus dépendant encore de l’économie mondiale. C’est un des aspects les plus dynamiques de la mondialisation, qui commence à la même époque.
Une deuxième contrainte, monétaire, cette fois, est apparue avec l’euro. La valeur de la monnaie augmente la capacité à l’importation, puisque les productions extérieures deviennent relativement moins chères, mais handicape les exportations, puisqu’elle renchérit la valeur des biens exportés. L’euro ayant cru de 50% de sa valeur par rapport au dollar depuis 2001, il a fortement handicapé le commerce extérieur des Etats de la zone euro en général et de la France en particulier. On sait bien que la Chine exerce un fort contrôle sur le taux de change de sa monnaie afin de favoriser les exportations. C’est un sujet de discorde entre les Etats-Unis, l’Union européenne et la Chine. Ces techniques sont rendues impossibles aux Etats-Unis et dans l’Union européenne en raison du principe de l’indépendance des banques centrales.
C’est peu dire que le commerce extérieur français est déficitaire, car ce déficit est à la fois chronique et constamment aggravé, au point de devenir inquiétant. En 2012 la France accusait le plus lourd déficit de son histoire, 67 milliards d’euros, et l’année 2013 ne paraît pas meilleure. Certains Etats européens s’en sortent beaucoup mieux, notamment l’Allemagne, dont la balance commerciale est constamment excédentaire depuis les années 70. En 2012, l’excédent commercial allemand est de 188 milliards d’euro, le plus haut de ces cinq dernières années. 

Les causes du déficit structurel du commerce extérieur français

Comment expliquer que deux Etats si proches, économiquement comparables, dont les économies respectives sont étroitement imbriquées les unes dans les autres, puisque chacun est le principal partenaire économique de l’autre, connaissent des résultats et des tendances aussi opposées ?
Les secteurs clés de l’économie française sont, traditionnellement, les biens d’équipements civils, l’automobile, le nucléaire, l’agroalimentaire, les produits pharmaceutiques, l’armement et les services. Mais certains de ces secteurs, comme l’automobile ou le nucléaire sont aujourd’hui en crise et ne sont structurellement plus rentables, en raison du coût de la main d’œuvre et des externalités négatives générées par leur emploi. C’est le signe que l’industrie française souffre de l’appréciation de l’euro et qu’elle est davantage mise à mal par la mondialisation qu’elle n’en tire parti. Au contraire, en Allemagne la part des exportations dans le PIB a progressé de dix points en six ans. Le commerce extérieur y est un moteur important de la croissance.
Comment alors expliquer la différence significative de résultats entre l’Allemagne et la France ?
Il faut noter, tout d’abord, que la France n’est pas le seul Etat européen à connaître un déficit chronique de sa balance du commerce. L’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni connaissent des problèmes analogues et c’est plutôt l’Allemagne qui fait figure d’exception.
D’autre part, l’Allemagne dispose, par rapport à la France, d’avantages très marqués dans un certain nombre de domaines comme les biens d’équipement, les voitures individuelles. Toutes les études montrent que les biens allemands bénéficient d’une image et d’une réputation de fiabilité très largement supérieure à celle des biens équivalents produits en France. C’est le cas, bien entendu, pour les automobiles. Ensuite, on peut relever que la part de la recherche et du développement dans les entreprises est très supérieure en Allemagne qu’en France. Cette différence d’investissement a d’importantes conséquences dans les secteurs à forte croissance où l’Allemagne est beaucoup plus innovante.
Enfin, il faut noter que l’Allemagne s’est engagée depuis les années 2000 dans une vigoureuse politique de compressions de coûts salariaux (il n’y a par exemple pas de salaire minimum en Allemagne), de réforme du marché du travail (la protection sociale est bien moins forte qu’en France) qui a eu pour conséquence de faire exploser la pauvreté en Allemagne.
Avec la crise économique et les réformes structurelles le chômage a augmenté en France, mais la pauvreté a augmenté en Allemagne, où elle est beaucoup plus importante qu’en France.
La France est, pour l’essentiel, parvenue à conserver son modèle social, mais c’est incontestablement au prix d’une perte de compétivité de son économie qui conduit à un déficit commercial structurel et non plus conjoncturel. Dans un contexte de montée en puissance des économies émergentes où les pays développés perdent et perdront progressivement des parts de marché, les pays développés sont en concurrence les uns avec les autres pour perdre le moins possible.
Les choix fait par l’Allemagne et la France sont diamétralement opposés. L’Allemagne, dont la population est déclinante et ne connaît pas de problème de chômage, fait le choix de s’adapter aux exigences de la mondialisation pour rester dans la compétition mondiale. La France essaye de concilier un système social fortement protecteur avec les contraintes de la mondialisation. Elle ne peut y parvenir que si elle se montre particulièrement innovante et investit massivement dans la recherche et le développement.
A moyen terme, l’Allemagne va connaître une importante baisse de sa population en raison d’un déficit démographique important. Elle sera obligée de faire appel à la main d’œuvre étrangère, dont elle contraindra fortement les salaires pour rester compétitive. Les écarts entre les riches et les pauvres ne peuvent dans ces conditions que s’accroître. La France connaît et va connaître une hausse importante du chômage qui risque cependant de faire exploser le système social français. La tension perceptible entre la France et l’Allemagne tient principalement au fait que les deux Etats, dans des situations sensiblement différentes, ont fait des choix opposés. L’avenir nous dira qui des deux avait raison.

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Editorial par Pierre Gattaz

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