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Solidarité nationale : Extraits du discours d’Emmanuel Macron

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L’Elysée a mis en ligne une transcription du discours d’Emmanuel Macron lors du congrès de la Mutualité Française à Montpellier le 13 juin dernier. Parlement & Territoires a retenu un certain nombre d’extraits affirmant les positions et les orientations du Président de la République sur l’évolution de la politique de solidarité.

“… Justice sociale, solidarité, dignité, ce sont les engagements républicains, et vous venez à l’instant de retracer, dans quelques secteurs fondamentaux, sur quelques enjeux essentiels de notre société, l’importance de ces engagements et de ces valeurs, bien sûr, nous continuons à promettre à chaque Française et à chaque Français leurs droits fondamentaux, bien sûr, nous continuons à faire fonctionner un système de protection sociale qui donne à la solidarité une dimension universelle. Mais dans les faits, ce que nous constatons, c’est que tous les jours l’effectivité de ces droits est remis en cause, tous les jours, nombre de nos concitoyens constatent que l’universalité est mitée d’exceptions, de disparités, d’impasses, que les situations ou les droits promis ne sont pas des droits réels, et ils le découvrent trop tard, lorsque l’urgence est là, lorsque la détresse est là, au moment où ils auraient besoin d’un socle de solidarité nationale solide, ils le sentent parfois, trop souvent, se dérober sous leurs pieds…

… Nous avons hérité du 20ème siècle un Etat providence de l’assurance, et nous devons le conforter, mais nous devons bâtir pour le 21ème siècle un Etat providence de la dignité et de l’émancipation, et il nous faut une organisation collective de fraternité, qui assure la dignité de chacun, c’est là mon objectif principal, c’est celui de l’Etat, mais vous avez parfaitement raison, il ne le peut pas seul, c’est celui des collectivités territoriales, qui, toutes, sont engagées dans cette action, régions, départements, métropoles, communes c’est le travail des partenaires sociaux au contact du réel, du social chaque jour…

… Notre choix est simple, c’est le choix entre, en quelque sorte, deux fidélités, soit, nous restons fidèles à un système qui n’atteint plus les objectifs de justice sociale qu’il s’était originellement assigné, et qui n’est, de surcroît, plus conforme aux attentes de nos concitoyens ni des acteurs qui le font. Soit nous choisissons ensemble d’être fidèles aux valeurs qui nous unissent, pour réinventer un système qui rende les droits effectifs et concrets pour tous nos concitoyens. C’est cette deuxième voie avec vous que je vais choisir, elle est plus difficultueuse, elle prend sans doute plus de temps, elle ne se règle pas simplement par des promesses budgétaires ou des engagements qui seront tard tenus. Elle implique notre action immédiate et elle nous invite collectivement à ne céder ni au cynisme, ni à l’hypocrisie. La part la plus précieuse de notre système social, c’est l’esprit qui la fait naître…

… Nous pourrions, nous aussi, après tant d’autres, céder à l’adoration des totems, mais je préférerais toujours la justice sociale effective aux incantations, et l’efficacité au fétichisme. C’est pourquoi, ce que nous devons faire en matière de solidarité nationale, c’est une révolution profonde qui rende aux Français leurs droits, leur dignité, leur espérance, et je la résumerai autour de trois principes : la prévention, qui attaque les inégalités avant qu’il ne soit trop tard, car c’est tout à la fois plus efficace et plus juste, l’universalité, qui donne les mêmes droits à chacun, de manière transparente, parce que c’est le seul moyen de rebâtir la confiance dans notre système, la dignité par l’aide, l’accompagnement, la présence, le travail comme clef de l’émancipation pour toutes celles et ceux qui peuvent y avoir accès, car c’est ce qui permet à chacun de véritablement construire sa vie…

Les réponses aux grands défis de la santé, l’âge et l’exclusion

… Sur la santé, les choses ont été profondément bouleversées durant les décennies qui viennent de s’écouler, notre système est en crise, mais il ne l’est pas d’hier, l’impatience est là, et elle est légitime, la souffrance est au quotidien pour des femmes et des hommes qui chaque jour s’occupent de ceux qui ne peuvent attendre, de ceux qui souffrent et de ceux qui appellent une réponse immédiate. Et si nous regardons en face notre système de santé, il soigne bien, et nous devons en être fiers, il est efficace quand on le compare aux autres grands systèmes, mais il prévient mal, beaucoup moins bien que les autres, c’est sans doute sa première caractéristique, or, si nous prévenons mal, nous laissons nos concitoyens aller vers des pathologies plus lourdes et donc plus coûteuses, parfois s’exclure de la société. Avoir un système qui prévient mieux est tout à la fois préférable sur le plan de la santé collective et de l’efficacité de notre système…

…Le deuxième défi qui est le nôtre, c’est celui de l’âge, vous avez – et je n’y reviendrai pas – parfaitement décrit l’une de nos réussites collectives, la réussite de nos économies et sociétés développées, nous vivons plus vieux, et nous vivons aussi plus vieux en bonne santé. Cela pose évidemment plusieurs questions à notre organisation collective qu’il ne faut pas méconnaître, le système de retraite peut-il être totalement inchangé dans une société qui continue ainsi à vieillir et où donc l’espérance de vie – et nous devons nous en réjouir – dans le temps d’après la vie active, tel que nous l’avons pensé jusque-là, s’allonge, où le temps aussi des études s’est allongé avant la vie active…

… Une très large majorité des plus jeunes qui rentrent dans la vie active pensent qu’ils n’auront pas de retraite, que leur retraite ne sera pas assurée par un système de solidarité intergénérationnelle, ce système de redistribution auquel je tiens, et qui sera maintenu, parce que la défiance s’est installée, la défiance s’est aussi installée parce que nous avons 42 régimes, qui, par sédimentation, ont construit les petites différences, et avec elles, les petites inégalités qui ont pu avoir leur justification, mais l’ont-elles encore ? La plupart du temps, non. Parce qu’elles ont répondu à une société de statut, mais elles ne correspondent plus aux défis contemporains…

… Et donc ce système, qui s’est progressivement conçu dans le temps et qui répondait aux défis d’une société d’après-guerre, industrielle, de cycle long, n’est plus adapté à une société qui vieillit, où les parcours sont de plus en plus heurtés, où les parcours sont de plus en plus individualisés, et où les inégalités sont devenues statutaires. Et notre capacité à y répondre sera la condition de la confiance collective dans le système…

… Mais le vieillissement de notre population soulève un deuxième défi, vous l’avez parfaitement évoqué, celui du grand âge, de la dépendance, sujet qui, tout à la fois, nous bouleverse, et que beaucoup d’entre nous voudraient tenir à l’écart, notre société ne veut plus voir à la fois la grande vulnérabilité, mais aussi la place de la mort qui, à un moment de ce chemin, arrive…

… Le troisième défi qui nous est porté, c’est celui de l’exclusion, si nous ne regardons pas nos concitoyens les plus pauvres, si nous ne regardons pas cette part de la société quelle nation sommes-nous ? On m’a souvent reproché de n’être que pour les métropoles, pardon pour Montpellier, que pour cette France qui réussit, que pour les gens formidables, etc., oui, je veux les encourager parce que si eux n’y arrivent pas, il n’y a pas de chance que le reste de la société puisse s’en sortir, je vous le confirme…

… Mais je le dis, je le répète et je continuerai inlassablement à le faire, quand ceux qui réussissent ne veulent pas regarder ceux qui sont laissés au bord du chemin, dans quelle société veulent-ils vivre ? Qu’ils regardent autour d’eux les extrêmes monter, les discours de haine embraser os démocraties. C’est le fruit de ces égoïsmes et de cet aveuglement…

… Et là aussi, regardons la réalité en face. Nous avons, ces dernières décennies, dépensé de plus en plus sur ce sujet. Et avons-nous réglé le problème ? Non. L’avons-nous mieux prévenu ? Non. Avons-nous changé les trajectoires, permis aux gens de s’en sortir davantage ? Non. Avons-nous mieux accompagné ? Rarement. Quand je regarde aujourd’hui les chiffres, la réalité, nous avons des dispositifs qui sont là, nombreux, mais les enfants qui naissent dans la pauvreté y restent encore trop souvent et le déterminisme s’est installé…

Sur ces trois grands défis : la santé, le vieillissement et l’exclusion, nous en sommes là.

… Alors, la solution est de s’attaquer à mes yeux au problème à la racine, aux dysfonctionnements d’un système social trop centré sur les acteurs et pas assez sur nos compatriotes, à avoir plus de prévention, plus d’accompagnement, plus de responsabilités collectives de chacun d’entre nous, et d’essayer d’apporter, par une transformation profonde qui prendra du temps, qui est peut-être moins sidérante ce que de l’argent mis sur la table, mais j’en suis sûr beaucoup plus efficace, parce qu’elle ira avec de l’investissement dans certaines politiques publiques, et en effet de la dépense que nous allons assumer, mais aussi de la transformation et des économies qu’il faudra savoir faire sur les parts inutiles des dépenses que je viens de décrire…

… Revenons donc à nos prothèses dentaires, optiques et auditives et à leur remboursement. La logique qui est derrière cette avancée fondamentale, elle a, je le disais, un caractère monétaire, mais elle repose d’abord sur un recours accru aux soins. Il s’agit ainsi de prévenir que les pathologies concernées ne deviennent plus grave, plus handicapantes, et pour cela, il s’agit de renforcer considérablement la prévention, notamment chez les plus jeunes, avec des dépistages systématiques,

… La profession d’assistant dentaire sera étendue, nous irons plus loin dans la formation des opticiens et augmenterons le nombre d’audioprothésistes. C’est un ensemble de l’organisation des professions vers lequel nous devons aller…

… Mais ce que je veux ici vous faire toucher du doigt, à travers cette réforme, c’est que nous allons, par l’engagement collectif, par l’illustration de ce que vous appeliez de vos vœux Monsieur le Président, c’est-à-dire l’engagement de l’Etat, l’engagement des mutuelles, des assureurs, de l’ensemble des professionnels de santé et de ceux qui en assurent justement la protection, l’engagement des partenaires sociaux et de l’assurance maladie, nous avons trouvé une solution intelligente qui permet d’une part d’avoir une réponse en termes de pouvoir d’achat, on va passer 1 700 € à zéro, de 200 € à zéro, de 65 € à zéro ! Donc c’est du pouvoir d’achat pour nos concitoyens. On va permettre une meilleure prévention et on va permettre une organisation sur ces trois professions du système de soin, beaucoup plus intelligente et qui répond aux défis …

… L’Assurance maladie obligatoire participera au financement de la réforme, en doublant sa prise en charge sur les aides auditives pour les adultes d’ici 2022, mais aux côtés de l’assurance maladie obligatoire, les organismes complémentaires que vous représentez, se sont aussi engagés à prendre leur part dans la couverture de ce panier 100 % santé…

… je compte sur vous pour réussir ce défi pour être au rendez-vous que les Français attendront concrètement pour une pleine mise en œuvre, sur les trois années qui viennent, puisque cette réforme sera finalisée d’ici 2021…

L’intervention du Président de la République a porté sur la situation de l’hôpital et des EPHAD.

… Enfin, j’ai parlé de ce troisième défi qui était l’exclusion, la grande pauvreté dans laquelle notre société, non pas s’est installée, mais à laquelle elle s’est parfois trop habituée, et qui doit continuer à nous indigner. Sur ce sujet, comment devons-nous progressivement transformer les choses ? Là aussi une concertation est en cours, qui m’amènera à m’exprimer dans les semaines à venir, et qui, sous l’autorité de la ministre a impliqué d’ailleurs, nombre d’entre vous autour d’une stratégie pauvreté…

… Ensuite, il nous faut, là aussi, assumer la solidarité collective pour les plus fragiles et les plus vulnérables, il nous faut assumer des dépenses sociales qui accompagnent celles et ceux qui ne peuvent, n’arrivent pas à revenir vers le travail, ils sont, par des accidents de la vie ou des accidents physiques, assignés dans cette situation. Sur ce sujet, nos engagements monétaires, non seulement, seront maintenus et ils doivent être complétés, complétés, par quoi ? Par de l’accompagnement. Il nous faut, là aussi, pour les plus vulnérables de la société, qui sont, à chaque fois, des vies particulières, des parcours individuels, l’épaisseur et la brutalité d’existence qu’on ne saurait réduire dans des chiffres ou dans des cases, il nous faut aussi apporter de l’accompagnement, de la présence…

… Il y a ensuite la part de celles et ceux qui peuvent revenir vers le travail, mais que rien n’incite, ni n’accompagne pour faire ce chemin. Et c’est là où il nous faut tout à la fois accompagner et responsabiliser, et j’assume ce double discours, à la fois, cet « en même temps », il y a celles et ceux qui, étant aux minima sociaux, y restent parce qu’ils ne peuvent pas reprendre un emploi à temps plein pour des raisons familiales, pour des raisons d’accompagnement d’eux-mêmes ou du reste de la famille, et pour lesquels, aller vers quelques heures de travail, aller, avec un accompagnement social, vers le travail est la bonne réponse ; ce que fait par exemple la Fondation Abbé Pierre ou plusieurs autres acteurs sur le terrain, ce que font plusieurs collectivités territoriales en expérimentant ces méthodes…

… Et cet accompagnement va avec une responsabilisation, va aussi avec un contrôle, va avec un suivi, parce qu’il existe, vous avez eu raison de rappeler qu’elles ne sont pas majoritaires, mais des situations où des gens se sont installés dans une forme d’exclusion, mais où ils ont construit leur existence et où dans les situations économiques où nous sommes, nous devons, là aussi, les accompagner, les responsabiliser et leur faire retrouver le travail, parce qu’ils en sont capables…

… Et donc, il nous faut faire, non seulement, sur le RSA, mais sur toutes les politiques d’accompagnement, des exclus, des plus modestes d’entre nous, qu’elles soient nationales, qu’elles soient locales, d’abord, un travail de synthèse et de transparence, mais ensuite, également, ce travail, qui permettra de faire le chemin inverse de celui que nous avons fait durant les dix dernières années, et d’avoir, non pas une diminution de plus de 60 % de l’accompagnement pour le RSA, oubliant l’engagement d’insertion qui allait avec la belle promesse du RMI, et un doublement du montant des allocations versées, c’est le chemin inverse qu’il nous faut faire…

… Investir davantage dans les personnes, les accompagner pour qu’elles reprennent leur dignité à chaque instant où elles le peuvent, et accompagner toutes celles et ceux qui peuvent revenir dans le travail vers celui-ci, parce que l’émancipation se construit par le travail, dès qu’on le peut, il y aura toujours celles et ceux qui ne le peuvent pas, et nous devons les protéger, et être là, et prendre soin d’eux, et reconnaître leur part dans notre société, mais que toutes celles et ceux qui le peuvent soit accompagnés pour le faire, et permettre que nos politiques publiques, que notre engagement collectif, que votre engagement aussi, soient ce chemin d’accompagnement et de responsabilisation qui permet l’émancipation dans et par le travail…

… Ce qu’il nous faut faire, c’est réinvestir dans la personne, c’est accompagner davantage, c’est responsabiliser plus, et non pas considérer que la seule réponse, c’est l’argent de la collectivité pour des situations personnelles devenues impersonnelles. Il nous faut sortir sur tous ces sujets d’une logique de guichet pour une logique d’accompagnement…

(NDLR/ nous avons fait des choix dans l’intervention du Président. Pour avoir l’intégralité vous pouvez aller sur le site de la Présidence de la République/ http://www.elysee.fr/declarations/article/transcription-du-discours-du-president-de-la-republique-emmanuel-macron-lors-du-congres-de-la-mutualite-francaise-a-montpellier/)

 

 

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