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LA LETTRE DE FRANCE UNIE #263

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ÉDITO

NON LA FRANCE CE N’EST PAS LES USA !

Et c’est heureux ! Depuis une semaine, la crise de la société américaine est importée dans l’Hexagone pour souffler un discours de tensions et d’opposition entre les Français. Aux USA, les méthodes policières, définies selon chaque Etat et comté, sont aujourd’hui dénoncées après le drame de l’arrestation de M. Floyd à Minneapolis. Près de 2000 personnes sont tuées lors des interventions des forces de police aux USA, dans un pays où la criminalité est forte certes, mais ces chiffres expliquent la dimension du débat traversant les Etats-Unis.

Avec l’organisation d’une manifestation de grande ampleur à Paris, la question américaine est devenue française. Des déclarations péremptoires d’artistes et de personnalités « people » font la une des médias. Ils confirment : Floyd-Traoré même tragédie, mêmes violences policières… Deux personnes de couleur sont mortes lors de leur arrestation !

C’est Christian Joffrin, directeur de la rédaction de Libération qui précisait hier que dans l’Hexagone, le bilan des décès dans le cadre d’intervention de la police est de 20 morts, en prenant en compte les interventions liées à la lutte anti-terroriste. Notre police n’est pas parfaite, elle manque de formation, de matériel. La question des contrôles au faciès se doit d’être prise en compte.

Pour autant, il nous faut refuser cet amalgame. Il constitue une agression contre le modèle républicain qui est le nôtre ! En France, la police est républicaine. Elle protège les citoyens car nous ne faisons pas de différences entre les personnes (quelles aient ou non d’ail- leurs la nationalité française). Elle est d’ailleurs composée de membres dévoilant la diversité de la population française.

Les tenants des polémiques, protagonistes d’une vision communautariste, s’en sont pris à certains membres des forces de l’ordre, les traitant de « vendu » ou « d’arabe de service »… Les déclarations sont publiques, confirmées par certains auteurs. Elles témoignent d’une volonté d’opposer les citoyens en fonction de leurs origines ethniques.

Il y aurait ainsi le camp des victimes et celui des oppresseurs que l’on différencie par la couleur de la peau. Ces discours dangereux sont à écarter avec détermination car ils visent à créer des fossés entre les Français.

MARC FRAYSSE, Ancien Député et Président de France Unie

POINT DE VUE

L’EUROPE N’EST PAS LA FÊTE ? FAITES L’EUROPE !

Le coronavirus ne doit pas occulter la nécessaire célébration du 70ème anniversaire de la déclaration Schuman, qui a permis à notre pays d’initier une « construction européenne » dont il est et demeure un acteur essentiel. Adressée à l’Allemagne et à nos voisins tout juste cinq ans après la fin d’une guerre tragique et meurtrière, cette déclaration à la fois politique et sentimentale mérite d’être saluée pour sa clairvoyance et son courage : elle doit nous inspirer en ces temps difficiles. La terrible crise du COVID-19 a suscité une mobilisation massive des institutions européennes, ternie par quelques atermoiements initiaux et par les désaccords affichés par les Etats-membres. Pour surmonter cette crise, nous appelons nos dirigeants et ceux de tous les pays de l’UE à faire preuve de davantage de respect et de compréhension mutuels, de solidarité et de responsabilité !

Ils en auront besoin pour adopter un plan de relance et de reconstruction à la mesure des dégâts causés, comme pour restaurer aussi vite que possible le fonctionnement normal de l’espace Schengen. La solidarité déjà substantielle entre pays de l’UE doit être renforcée et hissée à la mesure du choc économique et social en cours, sur la base de nouvelles ressources : elle ne saurait se limiter à aider des pays déjà très endettés à l’être plus encore. Les dirigeants de l’UE installés après les élections européennes de l’an dernier ont commencé à se mobiliser pour mettre en oeuvre le Pacte vert, l’agenda numérique et l’agenda social, qui constituent leurs principales priorités : ils doivent être incités à maintenir ce cap tant la crise du COVID-19 confirme la pertinence de ces choix. Cette crise du COVID-19 ayant mis au jour nos vulnérabilités en matière sanitaire, médicale et industrielle, notamment vis-à-vis de la Chine, nous appelons aussi à renforcer notre autonomie stratégique dans un cadre continental plu- tôt que via un retour au prés carrés nationaux. Il est plus que jamais dans notre intérêt de promouvoir une souveraineté partagée face aux grands défis mondiaux. L’Europe initiée par la déclaration Schuman était un lieu de réconciliation entre peuples déchirés par des guerres incessantes : elle doit désormais s’affirmer comme un lieu d’affirmation de ces peuples dans une mondialisation lourde de rivalités. Marqué par l’émergence de nombreux défis externes et le retrait des États-Unis le contexte géopolitique actuel n’a jamais été aussi en phase avec le projet français visant à construire une « Europe puissance » : il doit permettre de nouvelles avancées en matière de sécurité collective, pour peu que nos dirigeants adoptent une approche suffisamment maïeutique.

Si l’Europe ne saurait être une « France en plus grand », peu de pays l’ont autant façonné que le nôtre : avènement de la Communauté européenne du Charbon et d’Acier ; création de l’union douanière européenne et de la PAC ; élection directe des parlementaires européens et établissement du «système monétaire européen» ; mise en place du marché unique, de l’espace Schengen et de l’euro ; progrès de l’Europe de la défense ; promotion de l’Europe sociale ; réforme de la zone euro ; etc. Il nous faut aujourd’hui poursuivre cet engagement européen décisif, avec constance et résolution. La France est aussi à l’origine de « coups d’arrêts » européens marquants, notamment le rejet parlementaire de la Communauté européenne de défense, la « crise de la chaise vide » dans les années 60 et le rejet référendaire de la « Constitution européenne » il y a 15 ans.

La nette défaite de Marine Le Pen en 2017 a clairement confirmé la volonté d’appartenance des Français à l’UE et à la zone euro. Mais la crise du COVID-19 nous rappelle aussi combien les fractures politiques et les frustrations à l’égard de la construction européenne sont vivaces dans notre pays : elles doivent être impérative- ment réduites.

« L’Europe » est loin d’être parfaite ou conforme à nos rêves, mais le malaise hexagonal à son égard ne saurait signifier l’exportation de nos problèmes domestiques vers Bruxelles, Berlin, La Haye ou Varsovie ! La France peut répondre aux défis économiques, sociaux, éducatifs, identitaires qui relèvent de ses propres compétences, d’abord pour le bien de ses citoyens, mais aussi pour renforcer encore son rapport à la construction européenne et ses relations avec ses partenaires. Elle en est pleinement capable !

C’est aussi il y a 70 ans que le Mouvement Européen et ses militants ont initié leurs actions de pédagogie, de débat et de plaidoyer, qui nous paraissent encore plus salutaires dans une France qui attend beaucoup de « l’Europe » autant qu’elle en doute. Nous restons plus que jamais résolus à améliorer la connaissance de l’UE et des pays qui la composent, à soumettre ses décisions et son futur à un débat pluraliste et à formuler des propositions visant à renforcer notre Union dans un monde adverse.

« L’Europe » n’est pas tous les jours à la fête dans notre pays, y compris en ces temps de crise sanitaire, économique et sociale. Elle n’a pas pu être honorée et débattue sur nos places et dans nos rues en ce 9 mai pourtant symbolique. C’est donc plus que jamais au quotidien que nous vous invitons à vous engager pour peser sur ses décisions et dessiner son avenir – faites l’Europe !

CHRISTIAN PHILIP, Ancien Député et Ancien 1er Adjoint de Raymond Barre

Cette Tribune a été publiée par Ouest-France le 11 mai 2020 par Yves Bertoncini, Jean-Louis Bourlanges, Jean-Marie Cavada, Anne-Marie Idrac, Pierre Moscovici et Christian Philip, Président et ancien.ne.s Président.e.s du Mouvement Européen-France

SOCIÉTÉ

GEORGES MARCHAIS

Le 7 juin 1920 naissait Georges Marchais, il y a juste cent ans. Il est surprenant, pour certain, que je puisse rendre hommage à un communiste aussi problématique que ce personnage. Je n’ignore pas l’aspect le moins positif. Pendant la seconde guerre mondiale il n’a pas résisté à l’occupation allemande. D’après Charles Tillon et Philippe Robrieux, il serait parti volontairement travailler en Allemagne. Je n’oublie pas non plus le fameux « bilan globalement positif » de l’URSS. Idem pour l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS et le coup de force en Pologne en 1981.

Je retiens aussi de lui, le parcours d’un homme profondément attaché à la classe ouvrière de ce pays dont il est issu. Je n’oublie pas non plus le combat contre la désindustrialisation de la France et sa lucidité face à la construction européenne. S’il avait été mieux écouté à cette époque nous n’en serions pas là aujourd’hui. Georges Marchais est né le 7 juin 1920 dans le Calvados. En 1946 il devient responsable de la CGT des métaux à Issy-les-Moulineaux. C’était un ouvrier métallurgiste. En 1947 il adhère au parti communiste et gravit très vite les échelons. Il devient quasiment le numéro 2, au côté de Waldeck Rochet en 1961. En 1968, il condamne l’aventure gauchiste, met en cause Daniel Cohn Bendit, « cet anarchiste allemand », contribuant ainsi à sortir notre pays de la crise. En 1969, face au référendum proposé par le Général de Gaulle, il souhaite une abstention révolutionnaire (cela aurait sauvé la mise à de Gaulle), comme le suggérait l’URSS. Finalement le PCF, englué dans ses alliances avec les socialistes, a appelé à voter non.

Sa relation avec l’URSS était ambigüe. Il est monté très vite grâce aux secteurs pro-soviétiques. Mais il n’a pas approuvé l’intervention en Tchécoslovaquie, pas plus qu’il n’approuvera l’expulsion d‘URSS de Soljénitsyne. Au 22e congrès du parti communiste de 1977, il renonce au Léninisme et défend un marxisme plus éclairé. Lors d’un meeting à Lyon en 1977, il lance un appel aux Chrétiens. Il pousse le parti communiste espagnol à un accord avec le roi d’Espagne après la dictature de Franco. Tenté par l’eurocommunisme, il rompt finalement en 1978 contre son initiateur Enrico Berlinguer, secrétaire général du parti communiste italien. Deux sujets majeurs vont les diviser, la relation avec l’URSS et la construction européenne.

Georges Marchais était inquiet par la chute des emplois industriels, amplifiée par la crise de 1973. L’essentiel de l’électorat communiste était composé d’ouvriers. Pour Georges Marchais la classe ouvrière était le cœur de l’humanité. Il va mener un combat acharné pour l’emploi industriel en France, le « fabriquons français ». Des luttes sociales vont devenir emblématiques contre la « politique d’abandon national », contre le démantèlement du paquebot France, contre la fermeture des mines de charbon (le puit de Latrecht), contre la fermeture de Manufrance à Saint-Etienne. Il en voudra aux socialistes d’avoir fermé la sidérurgie, la machine-outil, alors que l’Allemagne conservait ces secteurs. Le combat pour « les travailleurs » était indissociable du combat de la Nation. Il aimait citer une phrase de Jean Jaurès : « la Nation est l’ultime rempart des pauvres ». Il combattit aussi pour la petite et moyenne exploitation agricole. Il préférait employer le terme de paysan à celui d’agriculteur.

Pour lui, l’agriculture a façonné les paysages, d’où l’emploi du mot paysan. C’est pour défendre cette classe sociale qu’il s’opposa à l’entrée de l’Espagne dans le marché commun. Derrière cette opposition se cachait sa profonde hostilité à la construction européenne telle quelle avait été engagée sous le septennat de Giscard. Il était contre le parlement européen. C’était pour lui la fin de la souveraineté du peuple français. Il n’a jamais caché son mépris envers Jean Monnet, Robert Schuman et Jean Lecanuet qu’il assimilait à tort, à des agents américains. Il nous a habitué à quelques outrances. Dans la logique de l’indépendance nationale il a réussi le tour de force de rallier les communistes à la force de frappe nucléaire, dès 1975. En ce sens, il a été le premier à gauche, à marcher sur les pas du général de Gaulle. Charles Hernu utilisera se ralliement pour convaincre le PS d’accepter en 1976, le principe de la bombe atomique. Dès la fin des années 70, il tirait la sonnette d’alarme sur la dégradation des banlieues, avec les problèmes de l’intégration de populations issues de l’immigration. Il était contre l’immigration et accusait le patronat de l’utiliser pour faire pression sur les salaires. En même temps il prônait une aide massive à l’Afrique. Je me souviens des « jeunesses communistes » qui dans les banlieues menaient un combat courageux contre les dealers et la drogue. Le PCF de Georges Marchais avait une capacité d’encadrer les populations les plus démunies dans les banlieues, en créant des liens, des réseaux de solidarité. L’effondrement de ce parti marque aussi l’apparition des « territoires perdus de la République », de la communautarisation islamique. Cet effondrement entraîne un désarroi, un vide que le FN va savoir exploiter. Georges Marchais était convaincu que l’abandon de la sidérurgie et de vastes secteurs industriels dans les années 80 était un coup monté de François Mitterrand contre le PCF. Le jugement était exagéré, bien sûr. Mais il est vrai que la destruction de notre industrie a fait apparaître une pauvreté de masse, une désorganisation des liens sociaux et familiaux. La classe ouvrière a-t-elle été trahie ? L’effondrement du PCF dans les banlieues marque une poussée de la violence, de la drogue, de l’islamisme. L’abandon de notre industrie entraîne une fragilisation de la France dans le monde. Je rappelle que le PIB per capita en 1973 était au même niveau entre la France et l’Allemagne.

Nous commémorons la mémoire d’un homme qui d’une certaine manière a été un visionnaire sur l’avenir de la France, de l’Europe. Il s’est trompé aussi sur la politique étrangère et surtout sur l’URSS. Mais il a aimé la classe ouvrière, dont il est issu. Il a aimé la France et son Histoire. Que reste-t-il de son héritage ? A-t-on donné son nom à une rue, une avenue, une place, un équipement public ? Une rue a porté son nom à Villejuif, mais cela n’a pas duré. Par contre, il existe une place Georges Marchais à Champigny-sur-Marne. Et le parti communiste ? Un parti boboïsé, éclaté, soumis aux Insoumis. Cependant, il existe des personnalités fortes, des maires de caractères comme notre ami André Gerin, qui ont su porter cette idée de Jean Jaurès que Georges Marchais se plaisait à rappeler « la Nation, ultime rempart des pauvres ».

JOSÉ MARCO, Ancien élu de Villeurbanne et Historien

SOLIDARITÉ

Bien fidèlement,

L’équipe de France Unie.

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