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LA LETTRE DE FRANCE UNIE #264

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ÉDITO

GARDER LE CAP RÉPUBLICAIN POUR PRÉSERVER LA NATION

Il faut beaucoup de ténacité au Premier Ministre pour donner le sentiment que l’autorité de l’Etat ne vacille pas, en fonction du sens du vent … L’importation de la crise sociétale américaine en France, par la volonté de certaines organisations plus communautaristes que républicaines (une formulation se voulant apaisée car il faut éviter les mots excessifs et les polémiques au regard de la situation de notre pays) a mis en évidence l’incroyable fragilité de nos dirigeants. La foule rassemblée pour le soutien de la famille Traoré a fait que l’Elysée a demandé à la Garde des Sceaux de
« se pencher sur le dossier » actuellement en cours d’instruction. Garante de l’indépendance de la justice, la Ministre, au lieu d’affirmer sa fonction, a reçu un cours de droit de la part de la famille… Les procès politiques et médiatiques contre les dérives de la police ont conduit le Ministre de l’Intérieur à fustiger les « mauvais éléments », lançant la notion de
« soupçon avéré » comme suffisante pour suspendre des fonctionnaires « incriminés » et à modifier les méthodes physiques d’interpellation de personnes refusant d’obtempérer, recevant alors les applaudissements du leader de la France Insoumise ! Le lendemain, Édouard Philippe est dans l’obligation de saluer le travail des forces de l’ordre pour essayer
de calmer la colère des policiers et des gendarmes. Puis, c’est le Ministre de l’Intérieur qui reçoit tous les syndicats de police avant leur manifestation de protestation devant les commissariats, pour leur dire de ne pas s’inquiéter !
Ce n’est plus une navigation à vue, désormais nous en sommes au stade du naufrage d’un Exécutif ne réagissant qu’à l’émotion du moment, redoutant la moindre déclaration d’une « personnalité people » créant le « buzz » dans un univers où la bien pensance permet de tout affirmer sans la moindre démonstration.
Plus affligeant est de voir que les prises de position racialistes se multiplient, faisant que l’on ne parle plus des Français mais de noirs, blancs et autres composantes ethniques avec la volonté de refonder l’Histoire au travers des prismes du moment.
Être en politique exige d’avoir des convictions et défendre les valeurs auxquelles on croit. La République protège tous les citoyens sans distinction et il faut refuser ces querelles importées par une « mondialisation des esprits » qui n’est que l’expression de l’américanisation de certaines personnes voulant reproduire les clivages dramatiques de la société
multicommunautaire développée aux USA. Aujourd’hui le débat porte sur les statues à enlever, les films à proscrire.
Ce débat se déroulant avec la force médiatique de l’instant n’est en rien le fruit de la volonté des défenseurs de notre
conception républicaine.
Il faut refuser ces polémiques dangereuses pour la cohésion de notre pays, actuellement frappée par les effets d’une crise sanitaire et le début d’une crise économique dont la violence se fera de plus en plus sentir.
Ceux qui veulent introduire ces querelles devront se méfier du rejet qu’elles suscitent ; la faible participation de mercredi dernier à Paris (dix fois moins de personnes que pour le rassemblement devant le Palais de Justice en soutien à la famille Traoré) en témoigne.
Notre vie démocratique autorise tous les débats mais il y a lieu d’éviter les jeux politiciens sur ces questions car ils ne font que renforcer les extrêmes de plus en plus radicalisés. Nous avons besoin de responsables politiques solides dans l’épreuve, forts de leurs convictions républicaines, ayant une vision d’avenir pour la France et ceci n’est l’exclusivité d’aucun camp.

MARC FRAYSSE, Ancien Député et Président de France Unie

POINT DE VUE

DERNIÈRES RÉFLEXIONS SUITE AUX TROIS DERNIERS MOIS

Avant la coupure de l’été, je voudrais revenir sur quelques leçons que nous pourrions tirer de la période récente.

• Deux mois de confinement de l’ensemble des Français, de l’ensemble ou presque des habitants de la planète, qui aurait imaginé vivre un tel moment ? La France, le monde à l’arrêt, les frontières fermées. Et maintenant le choc
économique, conséquence de ces deux mois de confinement, avec le chômage résultant des faillites à venir et des plans de restructuration, un déficit record des finances publiques d’où un endettement lui-même abyssal. Aurait-on pu, sinon éviter cette crise, du moins l’atténuer ? Aurait-on pu limiter la durée du confinement ? Sans doute si nous avions été mieux préparés à une telle pandémie. La France, soyons objectifs, s’est trouvée dans la même situation que la plupart des autres pays. Nous aurions pu ceci dit éviter le discours sur l’inutilité des masques (juste parce que nous n’en disposions pas), décider le confinement une semaine plus tôt, anticiper dès février le besoin accru en lits de réanimation. Le système de chômage partiel a été peut-être trop général et généreux (le plus étendu au monde) ce qui, semble-t-il, a freiné la reprise et d’après l’OCDE entraînera une baisse du PIB en France plus forte que dans les autres pays européens.
Aujourd’hui ce qui compte c’est de se mettre en capacité de réagir plus vite et plus efficacement en cas d’une deuxième vague dans quelques mois ou d’un autre virus demain. Personne ne comprendrait que tel ne serait pas le cas.
Même si nous sortons à peine de cette situation de crise, même s’il faut un peu de temps pour bien mesurer les politiques à prévoir, il y a urgence. Les commissions d’enquête parlementaires créés pourront-elles y pourvoir ? Leur rapport ne sera connu qu’en fin d’année et porteront plus sur la gestion de la crise. Sachons aussi regarder pourquoi certains pays ont été moins touchés (Allemagne, Portugal, Suisse ou pays de l’Europe de l’Est). L’Etat devrait mettre en place sans attendre les conditions d’adoption d’une véritable stratégie de lutte contre les pandémies. Il faut absolument se donner le maximum de chance de ne plus avoir à décider un confinement aussi absolu, mortifère pour notre économie.

• Prenons conscience que près de la moitié des décès sont intervenus en EPHAD et les 2/3 sont des personnes de plus de 65 ans. Certes, comme pour la grippe et pour bien d’autres maladies, il n’est pas anormal que les plus âgés d’entre nous, les plus fragiles, soient les plus touchés. Mais cela ne peut être une raison de ne pas s’interroger.
Si l’épidémie a pu se propager dans certains établissements, si l’isolement des personnes concernées a causé des morts supplémentaires, cela révèle bien un problème (qui n’est pas propre à la France). Notre société n’accorde pas une attention suffisante aux personnes dépendantes. Une loi dépendance, la création d’un cinquième risque à notre système de sécurité sociale, deviennent une urgence absolue. On en parle depuis au moins vingt ans ! Saura-t-on enfin passer à l’acte, dégager les moyens suffisants (avec les ressources pérennes afférentes) ? Saura-t-on à la fois mieux contrôler le
fonctionnement des EPHAD et ne pas oublier que le maintien à domicile est, jusqu’à un certain niveau de dépendance, la solution la moins coûteuse pour la collectivité et le plus souvent celle que souhaitent les personnes concernées ?

• Comment faire face au choc économique ? La formule du Président Macron «on ne compte plus» est pour moi aberrante ! À un moment où un autre il faudra compter. Nos entreprises auront à rembourser les prêts garantis par l’Etat. Ce dernier devra rembourser progressivement sa dette. Et que se passerait-il en cas de nouvelle crise ? Nous n’aurons plus les moyens de réagir. Il faut dire la vérité aux Français. Les prochaines années seront difficiles. Il faudra à la fois compter et être solidaires envers ceux touchés par la précarité. Dans ces conditions, ne pas ouvrir, pour cause (déjà !) de contexte pré-électoral (présidentielle de 2022), un débat sur le temps de travail, repousser la réforme des retraites, est-ce vraiment raisonnable ! Le «en même temps» c’est le renoncement à toute action
courageuse !
Quel sera le plan de relance en préparation ? Va-t-on, comme le plus souvent, saupoudrer pour faire plaisir au maximum de secteurs ou tenter d’en profiter pour réformer ? Il faudrait se limiter à quelques priorités: la transition écologique, la santé, l’éducation, la recherche, la dépendance, le tourisme (ne soyez pas surpris mais le tourisme c’est une des potentialités les plus intéressantes à développer pour notre pays). Ne pas céder à la tentation du protectionnisme et croire au mythe des relocalisations (nous ne pouvons nous permettre certaines productions qui ne seront jamais
compétitives). Choisir quelques secteurs essentiels à notre souveraineté et y mettre vraiment des moyens. Le conduire en coordination avec nos partenaires européens, quels que soient les difficultés et intérêts parfois contraires. Sans une Europe forte nous n’aurons à terme aucun résultat.


• In fine je veux rester optimiste. La vie nécessite d’être optimiste. Autrement elle serait bien triste. Je veux faire confiance. Je suis persuadé que nos compatriotes sont capables d’efforts si on a le courage d’expliquer et de prendre des mesures qui intègrent la solidarité (la fraternité selon notre belle maxime républicaine). Optimiste à condition de décider de ne pas subir et d’anticiper. Optimiste signifie ne pas écouter les extrêmes qui jouent sur nos peurs et frustrations et prônent un repli sur soi dont l’histoire a toujours montré l’inévitable échec. Optimiste si nous savons nous souvenir que les idéologies quelles qu’elles soient ne répondent jamais aux réalités. Optimiste, et pas utopiste car nécessité fera sans doute loi…si un homme ou une femme parvient à personnifier ce nouveau tournant dont nous avons besoin et nous mobiliser autour d’un projet et de sa mise en oeuvre. La démocratie représentative implique que la nation, pour un mandat limité dans le temps, confie à une personnalité élue par une
majorité de citoyens la mission de conduire ce projet en leur nom et avec eux.
À chacun d’entre vous d’y contribuer

CHRISTIAN PHILIP, Ancien Député et Ancien 1er Adjoint de Raymond Barre

SOCIÉTÉ

LA DESTRUCTION, L’AUTODESTRUCTION DE L’OCCIDENT

Une profonde colère m’a envahi le dimanche 7 juin, lorsque j’ai pu voir les images de la vandalisation de la statue de Churchill à Londres. Cela se déroulait dans le cadre de la mobilisation mondiale après la mort de
George Floyd. Cette mobilisation était légitime car la mort de George Floyd était inacceptable. Par la suite cette colère s’est transformée en tristesse, un peu comme celle que j’ai ressenti lors de l’incendie de
la cathédrale Notre Dame de Paris. Il s’agit de symboles et pas n’importe lesquels. Étant d’un esprit rationnel et me méfiant de l’émotion, j’ai attendu avant d’écrire cet article. J’ai d’abord l’impression que nous allons vivre
une série de violation, de destruction des symboles de notre civilisation. Il faut donc éviter de s’enfermer dans l’émotion qui traduit l’impuissance de la sidération. Tous ces évènements doivent être remis en perspectives.
Cette semaine, une plateforme numérique décide, pour ensuite rectifier, de retirer le film merveilleux, « Autant en emporte le vent ». Un double symbole. D’abord la volonté de quelques-uns qui s’auto-proclament victimes de l’Histoire de détruire notre civilisation occidentale, comme une revanche contre l’oppression. Ensuite une culpabilisation des propres occidentaux par rapport à leur Histoire, leur culture, leur nation, leur civilisation.
Voir des blancs se mettre à genou, demander pardon au nom de leur race démontre qu’une très grande partie d’entre nous a déjà capitulé. Cela remonte à loin. J’aurai l’occasion de revenir sur la notion de dominant-dominé.
En tout cas, nous assistons de la part de certains secteurs à une volonté de destruction de nos valeurs occidentales avec l’arme de la repentance. Certain font remonter cela aux années 60, suite au mouvement déconstructeur dans les universités américaines. À dire vrai, ce mouvement d’autodestruction remonte aux sources même de notre civilisation. Je suis entrain d’écrire un livre sur le thème. La pensée de Karl Marx est une pensée de déconstruction à partir de la théorie de la lutte des classes. C’est en France, et non aux Etats-Unis, qu’apparaît la conception de déconstruction avec des philosophes comme Jacques Derrida, Gilles Deleuze, Michel Foucault.
À ceux-là j’ajoute, excusez l’audace, Jean-Paul Sartre. Ces théories sont reprises sur les campus américains sous le nom de french theory. C’est une volonté intellectuelle de saper toutes les valeurs de notre civilisation. Ils ont
le soutien enthousiaste des trotskistes, de l’ultra-gauche, des tiers mondistes, des islamistes. Ils ont le soutien par naïveté des artistes, des acteurs, du showbiz, … Ils ont aussi le soutien par lâcheté, des démocrates américains, de la gauche européenne et aussi d’une partie de la droite.
Pour eux, l’Occident est responsable de l’esclavage, du colonialisme, de la pauvreté des pays du Sud, des tensions internationales, du racisme, de la destruction de la planète par le capitalisme. Mais, la critique va très loin. On remet en cause toute forme, à leurs yeux de domination, surtout celle de l’homme blanc. Ils vont traquer dans chaque écrit, chaque tweet, chaque parole tout symbole de domination. Ils vont traquer même chez les auteurs anciens les formes de domination pour en interdire leurs œuvres : Balzac, Flaubert, Molière, Lamartine. Même les tragédies grecques ne sont pas épargnées.

Ils noyautent tous les réseaux du savoir (université, écoles), de l’information pour débusquer la domination. Les réseaux sociaux sont l’arme favorite. La stratégie est la convergence des luttes, l’intersectionnalité. Ils rêvent de fédérer toutes les minorités.
L’Occident est une civilisation qui est née de la synthèse de la rationalité grecque, du droit romain et de la théologie judéo-chrétienne. Elle a fait du sujet l’acteur majeur de l’Histoire. C’est la base de la liberté individuelle qui a permis toutes les audaces et innovations, donc la prospérité économique. C’est la base du droit et de l’Etat de droit qui garantit les libertés. C’est la démocratie comme forme de gouvernement, de paix civile pour le progrès et la prospérité. C’est la séparation du pouvoir civil et de l’autorité religieuse, la laïcité et la sécularisation, « rendre à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César ». C’est la Renaissance avec l’émergence de l’Humanisme, complété par les lumières du XVIIIe siècle. C’est l’égalité homme-femme, aboutissement de ce long processus. C’est aussi la politique sociale pour aider les plus démunis. C’est le capitalisme qui a produit
une quantité inégalée de richesses pour financer la médecine, la culture, l’éducation, le social.
Toutes les civilisations ont été esclavagistes. La nôtre bien sûr, mais aussi la civilisation arabo-musulmane, mais aussi les grands empires subsahariens du Moyen-Âge, mais aussi les sociétés asiatiques. Nous avons été les premiers à abolir l’esclavage.
Toutes les civilisations ont été colonialistes. Mais nous avons décolonisé. Nous avons fait notre examen de conscience par rapport à cela. J’attends les excuses des États d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient pour la traite arabo-musulmane du VIIe au XIXe siècle.
L’Occident mérite le respect. L’Occident mérite que ses habitants en soient fiers. L’Occident mérite de vivre. Son effondrement entraînera toute l’humanité dans la barbarie.

JOSÉ MARCO, Ancien élu de Villeurbanne et Historien

CULTURE

POUR TOUJOURS PLUS DE BOÎTES-AUX-LETTRES PAPILLONS !

Le Droit, c’est un instrument au service d’une politique. Cette conviction, toujours restée profondément ancrée à mon esprit, je la ferai encore partager aux étudiants à la prochaine rentrée universitaire. Voyez
ainsi le dirigeant d’entreprise qui, ayant sa vision de la trajectoire à suivre pour renouer avec la croissance, définit son cap sans perdre de vue ce que les règles de droit lui insufflent d’opportunités à prendre et de risques
à éviter. Considérez de même nos élus locaux : du projet phare mis en avant au cours de leur campagne municipale à sa réalisation au cours de leur mandat, il est plus que probable que le jeu des règles juridiques modifie
quelque peu sa mise en œuvre.
Le plaisir de pratiquer le Droit est une chose mais la technicité du Droit reste tout aussi passionnante… tant que notre société y consent. La société évolue, oui, mais il est des alcôves de notre Comédie humaine sur lesquelles elle peine encore à lever le voile. En fait, et pour avoir longuement disséqué la chose, s’il est bien une notion juridique qui nous glisse encore entre les mains, c’est celle de l’abus. Même si l’on sait qu’il s’agit de détourner une règle de sa vocation première – faisons court – la notion d’abus se contorsionne mieux qu’un serpent ! A croire que notre société, dite contemporaine, répugne d’entrée à pourfendre l’abus, les abus.
Peut-être voudrait-elle simplement n’en rien voir, là étant le fond de commerce de la Comédie humaine.
Heureusement, il a été par le passé des audacieux pour faire davantage que s’en émouvoir, ce qui, en littérature, aura valu à nombre d’entre eux notoriété et cachot. Pour le présent, il reste fort heureusement d’autres
audacieux pour lutter efficacement contre abus et maltraitances, le plus souvent sous la forme d’associations que l’on voudrait toutes voir qualifiées d’utilité publique.
Pour le présent et l’avenir, avenir que portent en eux les enfants de notre pays mais dont certains subissent des maltraitances dans le mutisme le plus total, le Président de l’Association « Les Papillons » poursuit une ambition à faire partager par le plus grand nombre : placer au sein des établissements d’enseignement les boîtesaux-lettres « Papillons » dans lesquelles les enfants victimes de maltraitance peuvent discrètement glisser leur lettre racontant ce qu’ils pensent être malheureusement inaudible. À la lecture de ces lettres, l’association mobilise réseau et partenaires pour passer à l’action !
La mise en œuvre concrète de cette superbe initiative avait débuté en début d’année 2020, des écoles avaient déjà installé ces boîtes-aux-lettres. La crise sanitaire ayant fermé les établissements d’enseignement, il devient
impératif d’accélérer ce mouvement, sans attendre la rentrée prochaine.


Particuliers, entreprises et collectivités locales, soutenez cette association,
lauréate en 2020 du Trophée de l’Avenir Europe 1!

SOPHIE BELMONT, Docteur en Droit

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